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Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • jeudi 11 août 2022 à 23h30min
Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

Les personnes déplacées internes (PDI) dernièrement arrivées à Dédougou meurent de faim. Pour cause, l’Etat donne l’apparence de les avoir oubliées en matière d’assistance alimentaire. Les autorités provinciales en charge de l’action humanitaire ont plus ou moins bien accueilli ces PDI en leur trouvant un site d’hébergement, surtout pour celles qui n’ont pas pu se faire des familles d’accueil ou avoir des maisons à louer. Cependant, environ un mois après l’arrivée à Dédougou de ces PDI en provenance de Doumbassa, Souma, Sâ, Koussiri et Douroula, l’assistance alimentaire de l’Etat se fait toujours attendre.

5 août 2022, tôt le matin et sur le réseau social Facebook ainsi que dans certains groupes WhatsApp, des concitoyens s’envoient des messages pour se souhaiter bonne fête de l’indépendance du Burkina Faso. Au même moment nous nous déportons dans une famille de personnes déplacées internes (PDI) à Dédougou.

Assis devant la porte d’une maison en finition et visiblement la personne sur qui repose la charge de nourrir une douzaine de personnes, Moumouni Sankara a le regard dirigé vers les ciel, le menton appuyé contre ses deux pouces. Il passe pour un homme arraché à la réalité et perdu dans ses multiples pensées.

Dans un coin de la cour presque envahie d’herbes, totalement boueuse et en attente d’être clôturée, sa femme courbée, la tête quasi engloutie dans la bassine et avec son nourrisson d’à peine un mois au dos, s’affaire à la lessive.

L’homme, pense-t-il, lui aussi comme nombre de Burkinabè le font en ce jour mémorable, à cette date historique qui a vu consacrer l’indépendance du Burkina Faso ? Loin de penser à une quelconque indépendance, ce natif du village de Souma dans la commune rurale de Douroula médite sur son existence et celle de sa famille mises en ballotage, de surcroît livrées à la dépendance du bon vouloir et de la générosité des autres.

La réaction de M. Sankara à notre curiosité de percer son état pensif laisse froid et peu de commentaires. « Le peu de ressources que nous avions sur nous au moment de notre fuite sont déjà finies. Toute notre alimentation est restée au village et il est impossible aujourd’hui d’y repartir enlever sous peine de perdre la vie. Si je dis que je sais quoi faire pour nourrir ma famille, j’ai menti », a-t-il soufflé.

Dans cette maison, faisant office de cuisine, dorment Moumouni Sankara, son épouse et leur enfant né le jour-même de l’attaque.

Comme un grabataire qui, après moult efforts a pu se redresser sur son lit et parlant d’une voix à peine audible, Moumouni Sankara donne l’impression d’une personne frappée d’épuisement. Mais ce père de famille s’évertue à nous entretenir de l’accueil qui leur a été réservé. « A notre arrivée à Dédougou, les autorités (ndlr : en charge de l’action humanitaire) nous ont trouvé un site d’hébergement. Une partie de ma famille y est logée. J’ai pris, néanmoins, cette maison en location parce que ma femme a accouché le jour même de l’attaque de Douroula et vu la situation du nouveau-né, il ne pouvait pas rester sur le site », a-t-il expliqué. Selon lui, les documents relatifs à la naissance de son enfant ont été incendiés avec le centre de santé de Douroula.

Situation difficile

S’agissant toujours de l’accueil, le père du nouveau-né précise qu’en plus du gîte qui leur a été donné, « ce sont des nattes, des seaux, des marmites, des spatules et des gobelets » qui ont été distribués aux personnes déplacées arrivées de la commune de Douroula et de ses localités environnantes.

Le même son de cloche se fait entendre du côté de Issa Tougouma. Désormais refugié au secteur 02 de Dédougou, dans une zone non lotie, avec plus d’une vingtaine de membres de sa famille, ce villageois de Doumbassa, d’une voix caverneuse, déclare n’avoir rien reçu comme aide alimentaire ni des autorités ni de structure privée depuis leur arrivée.

Dans la même veine, Blahéma Konaté, habitant du village de Sâ et faisant partie des personnes responsabilisées au niveau du site, témoigne que c’est la croix et la bannière que de pouvoir trouver de quoi se mettre sous la dent. « Les gens ont épuisé le peu de ressources qu’ils ont pu fuir avec. Et jusqu’à présent, les autorités ne nous sont pas venues en aide sur le plan alimentaire. Ce n’est pas facile à ce niveau », informe-t-il, un air teinté de découragement.

Soumana Bazoum, chef de service Solidarité nationale et assistance humanitaire de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun.

Ces témoignages sont confortés par le chef de service solidarité nationale et assistance humanitaire de la Direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, Soumana Bazoum. Il confirme que jusqu’à la date du 10 août 2022, les PDI venues des localités de Souma, Sâ, Koussiri, Douroula et Doumbassa n’ont rien reçu comme assistance alimentaire de la part des services de la Direction provinciale. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Yacouba SAMA
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 11 août à 15:53, par Bob En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    Au lieu de faire du cinéma pour une soit disant RE CON ciliation dont on ne voit ni la bien fondé ni l’utilité, prenons des mesures concrètes. Multiplions par 3 le prix du vin, du champagne et du luxe en général. Mobilisons les citoyens à donner 1 jour de revenu par mois, multiplions les initiatives pour faire prendre conscience de la misère noire dans laquelle croupissent les PDI PDE et PDG car c’est notre prochain défi. Si rien n’est fait ces malheureux se jetteront dans les bras de nos ennemis. La faim est mauvaise conseillère. L’ÉTAT doit assumer ses responsabilités en créant les conditions pour que tout citoyen vive en paix sur TOUTE l’étendue du territoire

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  • Le 11 août à 19:38, par warzat En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    Dédougou est un cas emblématique. Chef lieu de région ayant une base militaire importante et par ailleurs ayant un chef de canton ancien militaire. Hummm, bizarre tout ça. Aucune initiative pour un retour rapide à Dourala à quelques encablures de Dédougou ? Même pour récupérer des vivres ? Bizarre !!!!!

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  • Le 12 août à 08:26, par Ollo En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    Nous encourageons les ressortissants des régions, provinces et communes à organiser des campagnes de collecte de dons pour les PDI à l’image de 3TV. Compter seulement sur l’Etat, c’est se leurrer, car l’Etat n’a véritablement pas les moyens. Souvent des gens d’ici et même de la diaspora veulent faire des gestes, mais ne savent où s’adresser. Il faut identifier des sites de collecte permanents pour permettre à chacun de contribuer librement et en tout temps. Nous suggérons aussi aux lieux de culte comme les mosquées et les églises à organiser périodiquement des collectes pour les PDI. Vu l’affluence de certains lieux de culte, même si c’est 100 F par fidèle et par semaine, il y aura de quoi améliorer les conditions de vie des PDI notamment sur le plan alimentaire et santé des enfants.

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  • Le 12 août à 13:21, par Wena saam yandé En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    C’est vraiment honteux d’entendre des choses de ce genre. Pour des gens qui ont justifié leur coup d’état sur la sécurité et les PDI, et se permettre à peine installé de doubler, voire tripler leur salaire, alors que plus de deux million de personnes croupissent dans la misère, sans que cela m’émeut ces assoiffés de pouvoir et de pognons... c’est lamentable et très triste. On parle de 7 à 8 million de francs par mois pour le seul chef putschiste. Multipliez cela par 6, et vous verrez en 6 mois ce que Damiba a engrangé dans son compte. C’est 42 à 48 million. Pour avoir fait quoi ? Un simple putsch. Alors qu’en ce moment des Burkinabès victimes de cette guerre n’ont pas à manger. Et dire qu’il ne faut pas croire que des gens ont une pierre à la place de leur coeur. Wena saam bandé. Triste.

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  • Le 12 août à 13:57, par HUG En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    ollo qui vous a dit que l Etat n a pas les moyens ? Quand on n a pas l argent on n augmente pas son salaire de plus 150%.quand on n a pas d argent on ne maintien pas les instirutions budgetivores.Quand on n a pas l argent on crée pas 25 ministere.il y a l argent dans ce pays mais le sort des
    Personnes deplacées n a jamais preoccupé les responsables de ce pays.

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  • Le 12 août à 14:12, par Idi En réponse à : Dédougou : Des personnes déplacées internes crient famine

    Mamadou DRABO du MPSR, puissant ministre des sports du MPSR, est-ce que sous Rock, le chef-lieu de Dédougou, ta région était ainsi ?
    je suis sûr que SARAN SERE/SEREME est déçue de votre junte !!
    Tirez vite les conséquences et soulagez le peuple en démissionnant !!

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