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Affaire ex-travailleurs de l’Entreprise Kanazoé : Réponse du berger à la bergère

Accueil > Actualités > Société • • lundi 19 janvier 2004 à 07h04min

Entre l’Entreprise Oumarou Kanazoé et ses ex-travailleurs, le torchon brûle. "Je ne vous dois plus rien," a clamé Oumarou Kanazoé. En effet, lors d’une conférence de presse tenue le 2 janvier 2004, le PDG de l’Entreprise, El Hadj Oumarou Kanazoé a récusé les accusations de ses ex-travailleurs selon lesquelles l’entreprise leur reste redevable. "L’entreprise nous doit toujours" proclament à leur tour, les ex-travailleurs à travers leur syndicat lors d’une conférence de presse le 16 janvier 2004.

"Le jeu" semble celui du berger à la bergère. En attendant un éventuel dénouement, quels sont les arguments des plaignants développés lors de la conférence de presse du syndicat des ex-travailleurs ?

"L’Entreprise Oumarou Kanazoé nous doit environ la bagatelle de 366 millions concernant environ 429 ex-travailleurs, objet de divers dossiers en justice. Au titre des arriérés de salaires, elle doit environ 18 millions de FCFA". Ces propos sont du bureau national du Syndicat des travailleurs des travaux publics, du bâtiment, de l’hydraulique et assimilés (SYTTPBHA), syndicat agissant au nom des ex-travailleurs de l’Entreprise Kanazoé. Mais pourquoi est-on arrivé à une situation conflictuelle entre l’Entreprise Kanazoé et ses ex-travailleurs ? Pour le bureau national du SYTTPBHA, la raison est simple : "L’Entreprise Kanazoé est une entreprise familiale, patriarcale qui ne s’embarrasse pas des règles d’embauche, des règles de gestion du personnel, des règles de traitement salarial, des règles de licenciement... Bref, aucune règle du code du travail".

Alors que faire, interrogent les journalistes ? La réponse du bureau national du SYTTPBHA est formulée sous forme de "conseil gratuit" : "L’Entreprise Oumarou Kanazoé elle-même, a intérêt à coopérer avec les syndicats en général, le nôtre en particulier si elle veut évoluer vers quelque chose de moderne, au lieu de s’obstiner à vouloir conserver cette nature familiale et patriarcale qui ne cadre plus avec les exigences de la société moderne". Ne s’agit-il pas là d’un acharnement du SYTTPBHA contre le PDG El Hadj Oumarou Kanazoé et son entreprise ? "Nullement", répond le bureau national du syndicat qui par ailleurs renchérit : "Une telle situation ne pouvait pas ne pas engendrer les nombreux dossiers de contentieux (8 au total). Ces ex-travailleurs dans leur immense majorité, certes pauvres et sans voix, mais ayant en dépit de tout conservé leur âme, leurs sentiments et leur dignité, ne pouvaient pas ne pas s’organiser comme ils l’ont fait, pour la conquête de tant de droits confisqués". Et le SYTTPBHA de déclarer sa constance dans son engagement à les appuyer dans cette lutte, "quoi qu’il en coûte".

A propos des 100 millions de FCFA offerts par Oumarou Kanazoé pour soutenir les Etalons, le bureau national du SYTTPBHA se fait aisément une idée : "Mettez-vous chacun, un tant soit peu à la place de ces travailleurs qui ont vécu et vivent de durs moments et vous comprendrez d’où peuvent provenir les énormes moyens par lesquels M. Oumarou Kanazoé prétend aujourd’hui être juste et sans discrimination dans ses largesses, lorsqu’il tente de justifier la manne de 100 millions de FCFA faite aux Etalons". N’est-ce pas là une autre campagne de presse violente qui ne dit pas son nom ? Sur cette question, le SYTTPBHA est formel : "Nous n’avons pas la prétention de vous servir la vérité sur les faits, mais seulement une version, notre version des faits et des événements qui nous ont opposés à cette entreprise depuis bientôt cinq ans".

D’une déclaration de soutien à des dossiers de justice

Le Syndicat des travailleurs des travaux publics, du bâtiment, de l’hydraulique et assimilés a eu maille à partir pour la première fois, avec l’Entreprise Oumarou Kanazoé en 1999. A l’origine, une déclaration de soutien à des ouvriers de l’entreprise "en lutte courant juin 1999 à Bagré". Cette seule déclaration de soutien, témoigne le bureau national du SYTTPBHA "a servi à l’époque comme motif suffisant pour procéder au licenciement de 22 travailleurs".

En 2000 également, le syndicat pour avoir conseillé et aidé 65 ouvriers de la section bitume-Ouaga à déposer un préavis de grève, aura sa seconde confrontation avec l’Entreprise Kanazoé. Ces 65 personnes, confie le bureau national du syndicat, ont été licenciées après : "leur geste de témérité". Ces deux événements ont été des moments d’accrocs entre le syndicat et l’Entreprise Kanazoé. Ces accrocs, déclarent les responsables du SYTTPBHA montrent "la témérité dont le syndicat a fait preuve en décidant contre vents et marée de pénétrer cette entreprise considérée à l’époque comme une citadelle imprenable par le genre syndicat".

Mais qu’à pu trouver le SYTTPBHA en pénétrant cette citadelle, questionnent les journalistes ? La déclaration liminaire portée à la connaissance de la presse et signée du secrétaire général du SYTTPBHA, François Ouédraogo livre ce constat : Une entreprise où les règles élémentaires du travail étaient soit ignorées, soit délibérément bafouées". Et le SYTTPBHA d’appeler ses militants et particulièrement les ex-travailleurs de l’Entreprise Kanazoé à "persévérer dans la lutte jusqu’à la victoire finale". C’est d’ailleurs, martèle-t-il, "par la lutte que les travailleurs ont réussi à obtenir de l’entreprise, la signature d’un procès-verbal de règlement amiable partiel portant sur 65 186 222 FCFA arrêtés par la Commission ad hoc".

Le MBDHP, médiateur, pourquoi pas ?

En définitive qu’attendent de l’Entreprise Kanazoé, les ex-travailleurs sous la conduite du SYTTPBHA ? Le cahier de doléances (pardon, de revendications !) est chargé : "Les paiements des manques à gagner, des arriérés de salaires restants, des 21 millions de FCFA de dommages et intérêts et primes d’ancienneté résultant des condamnations judiciaires, le traitement et le paiement des droits des 126 plaignants du dossier Tiemtoré Tasséré et 125 autres, la remise de leurs certificats de travail, la régularisation de leur situation vis-à-vis de la Caisse de sécurité". Sans omettre "le nouveau dossier de réclamation de droits de 126 ex-travailleurs de l’Entreprise déposé depuis un certain temps sur le bureau du directeur du travail et en attente de traitement".

En rappel, le PDG de l’Entreprise récuse les accusations à son encontre : "Aujourd’hui, ce sont en réalité les ex-travailleurs qui nous doivent. Nous avons soldé nos comptes. L’Entreprise Oumarou Kanazoé ne leur doit plus rien... Et même qu’il y a un trop perçu de 29 198 294 FCFA". Aussi espère-t-il en finir avec "les calomnies qui sont dites sur lui et son entreprise". Du reste, le PDG entend saisir le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples pour qu’il "les aident (lui et son entreprise) à protéger leurs droits et à défendre les intérêts des travailleurs qui œuvrent avec eux à faire prospérer l’Entreprise Oumarou Kanazoé". Par ailleurs, le PDG de l’Entreprise OK entend, sur sa bonne foi, "privilégier le règlement à l’amiable de tout dossier".

Dans leur intime conviction, les ex-travailleurs de l’Entreprise Kanazoé par la voix de leur syndicat, le SYTTPBHA maintiennent leurs revendications. Eux aussi, sur leur bonne foi, "appellent l’Entreprise OK à coopérer avec leur syndicat si elle veut évoluer vers quelque chose de ....".

De part et d’autre, il y a une volonté manifeste de retourner à la table des négociations. Et, dans ce cas de figure, le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), sollicité par les deux parties, pourrait jouer au médiateur.

Sita TARBAGDO
Sidwaya

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