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Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du MPSR • Tribune • mercredi 26 janvier 2022 à 22h50min
Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

Dans cette tribune, Martin Alira verse dans le débat national quelques propositions pour orienter la "Sauvegarde" et la "Restauration" du Burkina, après le coup d’Etat du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration.

« Le Burkina Faso vient d’enregistrer son énième coup d’Etat en l’espace de soixante et un an d’existence. Sur les 10 chefs d’Etats que le pays a connus (de Maurice Yaméogo à Paul-Henri Damiba), un seul d’entre eux est en réalité, parvenu directement au pouvoir par des élections. Il s’agit de Roch Kaboré, déchu il y a quelques jours.

S’il est de coutume de condamner les coups de force classés dans la catégorie des actes anti-démocratiques, force est pour nous de constater que la « démocratie ne réussit pas au Burkina Faso ». Ou plutôt, le Burkina Faso pratique-t-il une démocratie à son image, répondant aux aspirations de son peuple ?

Ce constat nous amène à aborder la question de notre Constitution. La mère des lois, dont la première adoptée en 1960 a été successivement relue, suspendu, réinventée, remodelée pour aboutir celle de juin 1991. C’est cette dernière qui aura finalement survécu pendant une trentaine d’années environ dans ses grands traits : celle de la quatrième République. En rappel, cette loi fondamentale dit que le Burkina Faso est une République (pays dirigé par des représentants du peuple élus démocratiquement) avec trois (3) pouvoirs séparés (l’exécutif, le législatif et le judiciaire). Aussi, le territoire est organisé en collectivités territoriales et la loi organise la participation des populations à la libre administration des collectivités territoriales (communes et régions).

Le Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration qui vient de suspendre la Constitution devra très vite décider du régime dans lequel le Burkina Faso devra continuer d’exister. Le coup d’Etat n’étant pas reconnu par la Constitution du Burkina Faso, l’adage qui dit que « la force reste à la loi » vient d’être bousculé. On constate depuis quelques jours que c’est « la loi qui reste à la force ».

Avant de nous jeter dans des propositions, nous partageons le constat de Newton Ahmed Barry qui, dans une tribune récente, avertissait : Et si le problème n’était pas les présidents ? Ne faut-il pas interroger notre système de gouvernance, nous interroger profondément sur l’identité de notre nation et sur nos réelles aspirations, notamment celles de la majorité muette ? La démocratie telle que nous l’avons inventée à fait certes ses preuves. Mais elle ne survit pas aux crises profondes (crises politiques, crises sécuritaires, conflits communautaires, crises syndicales, paupérisation de la population, etc.). Le système politique échoue, il nous semble, à sécréter les élites qu’il faut et les mécanismes qu’il faut pour surmonter nos défis et nos contradictions.

Le système démocratique actuel est le terreau de sa propre fragilité. Il est bâti sur le principe de la corruption. Nul ne peut accéder au pouvoir au Burkina Faso s’il n’est riche ou militaire. Telle est notre réalité. La vitesse de l’ascension des hommes et des femmes dans la sphère politique et administrative est souvent proportionnelle à la compétence qu’ont ces derniers à capter les ressources publiques et à l’efficacité avec laquelle ils redistribuent une infime part de ces biens bien mal acquis à une population maintenue dans la pauvreté et la précarité.
Voici dans les lignes qui suivent quelques propositions versées dans le débat national pour orienter la Sauvegarde et la Restauration du Burkina :

 Au titre de la Sauvegarde :

Maintenir le principe du dialogue et de la concertation dans toutes les décisions touchant à l’intérêt supérieur de la Nation. Cela suppose la mise en place de cadres de concertation larges, inclusives.

De la question des institutions de la République : l’expérience de la Transition de 2014 a permis d’aboutir, dans un délai relativement raisonnable, à un retour à un ordre conforme à la constitution. Cependant, la pertinence d’un Conseil national de la transition, équivalent d’une assemblée nationale, peut être questionnée. On a pu observer au cours de la transition précédente, la politisation de ce CNT et l’influence de l’exécutif sur celui-ci par des voies décriées.

L’idée d’une charte de la transition s’invite donc. Sa rédaction devra se faire avec les forces vives de notre nation avec pour vision de sauvegarder les fondements de notre vivre-ensemble (Etat de droit, indépendance de la justice, intégrité territoriale, libertés fondamentales, etc.).

Sauvegarder les acquis du régime déchu : l’Etat est une continuité, et on n’arrête pas un moteur diesel comme on arrête un vélomoteur essence. Il y avait du bon chez Roch à prendre. Il faudra regarder froidement les choses qui marchaient sous le régime Kaboré. Le format du gouvernement resserré en est un exemple. Sur le plan du développement, le deuxième Plan National de Développement Economique et Social a été le fruit d’un long travail de techniciens et de moult interactions entre l’Etat et les partenaires techniques et financiers du Burkina Faso. Plusieurs projets et programmes sont en cours ou en négociation. Il faudra à ce niveau agir avec discernement et non chercher à réinventer une route qui existe ou s’aventurer vers un programme d’urgence de la Transition…

 Au titre de la restauration

Il faudra coûte que coûte rétablir l’intégrité du territoire. C’est ce que le régime déchu peinait à faire. En changeant surtout de logiciel, en osant inventer. La guerre telle que l’avons faite jusqu’à présent n’a pas donné les résultats escomptés. Nous nous risquons à dire que même si tout le budget de l’Etat y était consacré, cette guerre ne finirait pas de sitôt.

Il faudra restaurer l’intégrité morale au Burkina Faso en donnant l’exemple. Le pouvoir est un piège.

Il faudra coûte que coûte restaurer la paix entre voisins, entre familles, entre communautés, poser les bases du dialogue et de la cohésion nationale qui sont les gages d’un retour à un Burkina Faso où il fait bon vivre. Notre pays a des plaies que nous soignons par des bandages sans oser les nettoyer aux désinfectants.
Dieu bénisse le Burkina Faso ! »

Martin Alira
awehmatin@gmail.com

Vos commentaires

  • Le 26 janvier à 17:37, par Amagara En réponse à : Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

    Bonjour ;
    Prions pour que de ce coup de force sorte quelque chose de meilleur.
    Oui, une chose est de dire que le Président n’est pas bon, l’autre est de faire mieux.
    De grâce, ne copiez pas les erreurs faites au Mali, mon pays. Une transition n’est pas un mandat si non un mandat spécial. Vous n’aurez pas suffisamment de temps ou de ressources pour vous disperser. Le peu de temps que vous aurez et le peu de moyen que vous aurez, consacrez-les à la sécurité et demander au peuple d’accepter ce sacrifice. Vous êtes militaires et votre argument était les défaillances sur le plan sécuritaire, ne l’oubliez pas.
    Ramenez la sécurité et vous serrez félicités. Concentrez-vous sur l’essentiel et ceux qui sont morts par vos actions ne seraient pas morts pour rien. Le gâchis chez le militaire, c’est qu’il tue pour venir au pouvoir et ne reconnait jamais avoir tué.

    Répondre à ce message

  • Le 26 janvier à 17:50, par Moussa ouedraogo En réponse à : Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

    Les Burkinabè sont de plus en plus prolixes sur la toile avec des propositions et des suggestions de tout genre pour l’orientation qu’il faut donner à la prise de pouvoir par les militaires. On aurait pu dire félicitations à toutes ces propositions. Cependant, il aurait fallu attendre de voir quelles orientations se donnent les principaux acteurs de ce changement. Je suis sûr qu’ils ont leur propre idée en prenant le pouvoir. À mon avis, il aurait été plus sage de les laisser faire leur proposition et nous allons apprécier. À partir de ce moment, on pourrait faire des suggestions à titre de contribution d’amélioration. Les suggestions de Martin sont certes pertinentes tout comme celles proposées par d’autres idéologues. J’en ai lu des propositions de durée de la transition ; des instances à mettre en place ; de la gestion du pouvoir, etc.
    Cependant, je crains fort que nous nous enlisons dans des débats trop théoriques alors que la principale préoccupation est la restauration de la sécurité et de la paix, conditions nécessaires sans lesquelles aucune action de développement ne peut être entreprise.
    Sur cette question, ces militaires sont censés mieux connaître le sujet. C’est pourquoi, il est important de les laisser dans un premier temps faire leurs propositions qu’ils vont soumettre sans aucun doute à notre appréciation.

    Répondre à ce message

  • Le 26 janvier à 18:16, par HUG En réponse à : Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

    Il faut imperativement nettoyer la pourriture.il faut remettre de l ordre et que nous soyons fier de porter le faso danfani

    Répondre à ce message

    • Le 26 janvier à 19:39, par Lucidité En réponse à : Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

      Votre langage est régulièrement IRRESPECTUEUX.
      Est-ce ainsi qu’on peut progresser ? Non.
      En quoi estimez -vous être mieux que les autres ?

      Répondre à ce message

    • Le 27 janvier à 10:24, par kwiliga En réponse à : Burkina Faso : Le coup d’Etat et après ?

      @HUG
      Mais c’est ça votre idéal d’avenir : porter le Faso danfani ?
      Moi qui invite souvent les gens à ne pas sombrer dans d’utopiques visions par trop idéalistes, j’ai quand même d’autres ambitions pour mon pays.
      Premier ou deuxième producteur cotonnier de la sous-région, ne devrions nous pas réfléchir à l’interruption (ou tout au moins la baisse) de nos exportations en matière brute, pour enfin stopper ce circuit maudit : notre coton part en Chine, la Chine fait fabriquer des vêtements au Bengladesh, au Sri Lanka,..., les revend ensuite aux occidentaux, ces derniers nous revendant des youg yougou usagés.
      N’a-t-on pas mieux à faire ? Est-on incapables de développer notre industrie ? Ne pourra-t-on jamais envisager un autre avanir pour notre jeunesse que de passer des concours et de devenir fonctionnaires ? Doit-on se contenter du Faso danfani, tout symbolique soit-il ?

      Répondre à ce message

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