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Kiemdoro Dô Pascal Sessouma raconte : « Le jour où j’ai rencontré le président Roch Kaboré »

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 26 janvier 2022 à 23h00min
Kiemdoro Dô Pascal Sessouma raconte : « Le jour où j’ai rencontré le président Roch Kaboré »

Dans ce témoignage, Kiemdoro Dô Pascal Sessouma, Président de Vision Burkina et candidat malheureux à la présidentielle de 2020 raconte sa rencontre avec le président Roch Kaboré pour lui parler d’une proposition de stratégie de lutte contre le terrorisme qui est restée sans suite.

« Monsieur Pascal, qu’est-ce qui se passe chez vous là ? A ce rythme vous allez tous y passer… »

J’étais à Montréal au Canada en novembre 2019 quand j’ai reçu cet appel d’un ami arabe. C’était juste après l’attaque contre le car des travailleurs de la société minière canadienne Semafo dans la région de l’Est, attaque qui avait fait près de 60 morts, et qui avait créé une véritable onde choc au Canada, qui avait toujours en mémoire les images des attaques de l’hôtel Splendid et du Cappucino où 9 Canadiens avaient perdu la vie. Au cours de cet échange téléphonique, mon interlocuteur qui semblait être au parfum des événements au Sahel et au Burkina Faso m’annonce que nous allons souffrir parce que notre gouvernement ne semble pas maîtriser les 3 dimensions qui forment les fondements du djihad : la dimension militaire, la dimension religieuse et la dimension idéologique.

En octobre 2020, quelques semaines avant les élections auxquelles j’étais candidat, nouvel appel de mon ami arabe de Montréal. Après les salamalecs et les courtoisies d’usage, il me lance :
« Pascal, comme ça tu veux devenir président ? Alors si tu es élu, nous allons t’aider à vaincre le terrorisme. »
« Vous qui ? »
« Non, ce n’est pas une blague. Tu sais qu’avant vous, nous sommes passés par là, et nous les avons vaincus, donc nous connaissons leurs points faibles. »

Devant mon étonnement et mon air dubitatif, il enfonce le clou : « La solution est sous votre nez, mais vous ne pouvez pas la voir. Elle est là sous vos yeux, elle n’est pas ailleurs, elle est chez vous. Mais vous ne pouvez pas la voir si on ne vous aide pas. »
Mon ami est Algérien. C’est lui qui est à l’origine de mon slogan de campagne « la paix et la sécurité en 18 mois, ou je démissionne ».

En mars 2021, quelques mois après les élections, c’est moi qui prends l’initiative de contacter cet ami. Après quelques piques de plaisanteries sur mon échec à la présidentielle, je me lance à l’eau : « C’est vrai que je n’ai pas été élu mais est-ce que vous êtes disposés à nous aider ? Si vous voulez que je devienne président du Burkina Faso un jour, il faudrait d’abord sauver le pays non ? » . Un bref échange s’en suivit, laissant la porte ouverte à une rencontre. Vu l’importance de la question, j’en informe un proche du président Roch qui valide l’initiative, avec la promesse que je pourrais faire le point de ma mission directement au président dès mon retour au pays.

En octobre 2021, après plusieurs reports en raison de covid 19 et des restrictions de voyages des autorités canadiennes, me voilà enfin à Montréal. Mon ami, qui était à Toronto, décide de prendre l’avion pour me rencontrer. Pendant près de 3 heures d’horloge, mon ami me brosse le tableau de la situation, la psychologie des djihadistes, leurs stratégies, les différentes cellules, les katibas, qui agissent indépendamment les unes des autres, et surtout leur objectif final. Ses explications sont ponctuées de versets du coran d’où les djihadistes tirent leur légitimité, notamment la Sourate At-Tawbah et son verset 5, le verset de l’épée.
« Pascal, je peux te dire que si vous appliquez la stratégie que nous allons vous donner, la peur va changer de camp, et même rapidement. Dans tous les cas vous n’avez rien à perdre puisque vous n’aurez rien à payer si ça ne change pas ».

Je lui fais comprendre que le Burkina est pays pauvre et que même en cas de succès il ne faudrait pas qu’il s’attende à recevoir un pont d’or. On a rigolé de ce jeu de mots car si le Burkina produit de l’or, il ne roule pas sur l’or.

Sur place, j’appelle le proche du président que j’avais informé de mon initiative. A l’issue du bref échange téléphonique entre le proche du président et mon ami, celui-ci décide de retourner à Toronto.

Le lendemain, par souci de prudence et de vérification de certains détails, j’entre en contact avec un célèbre islamologue de l’université de Sherbrooke, arabe lui aussi mais du Proche Orient, qui me confirme pratiquement les propos de mon ami de Toronto. Début novembre, je décide de rentrer au pays dans l’espoir de rendre compte rapidement au président comme convenu.
Contrairement à ce qui m’avait promis, le président n’était pas disponible. Mais finalement, le 7 décembre 2021 en soirée, le président me reçoit dans l’un de ses pieds-à -terre à Ouaga 2000.
« Monsieur le président, je vous ai combattu farouchement lors de la campagne, mais ici, il s’agit d’œuvrer à sauver le Burkina, d’où le sens de mon initiative » lui dis-je.
« Non, il n’y a aucun problème à cela, quand on est en campagne c’est comme ça » répond le président.

Affable, très calme, disponible, le président écoute mon rapport. Il me félicite de l’initiative en me demandant de creuser davantage le sujet.

A Montréal, mon ami m’avait suggéré d’effectuer une mission dans 3 pays dès que je serai de retour au Burkina, pour tenter de comprendre les dimensions militaire, religieuse et idéologique du terrorisme pour mieux cerner la stratégie de riposte que lui et son groupe allaient nous livrer. Car selon lui, la problématique du terrorisme au Burkina est comme un puzzle composé de ces 3 composantes qui sont dans 3 pays différents. Ma mission aurait été de rassembler les 3 morceaux du puzzle que lui et son groupe auraient déchiffré pour nous.

« Mais tu penses que moi qui ne suis pas musulman je peux effectuer une telle mission dans des pays musulmans, arabes de surcroit ? » lui demandai-je ?
« Justement parce que tu n’es pas musulman tu pourras entrer déjà dans la dimension religieuse de votre problème. Ta connaissance de l’anglais t’évitera les mauvaises interprétations, et comme tu as commencé à apprendre l’arabe, ça peut t’aider » me répondit-il.

J’étais disposé à effectuer cette mission, à mes frais, tout comme je l’ai fait pour le voyage de Montréal. Sauf qu’il me fallait une autorisation officielle, juste au cas où il m’arriverait quelque chose au cours de cette mission, autorisation qui n’est jamais venue. Et c’est là que je me suis rappelé cette citation de Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des Etats-Unis : « Il y a bien des manières de ne pas réussir, mais la plus sûre est de ne jamais prendre de risques ».

De par sa profession, Roch est un banquier, or les banquiers n’aiment pas les risques, ils aiment les garanties. Tout le contraire en politique.

Kiemdoro Dô Pascal Sessouma
Président de Vision Burkina

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