Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «Un problème sans solution est un problème mal posé » Albert Einstein

Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Procès Thomas Sankara • LEFASO.NET • mardi 16 novembre 2021 à 14h57min
Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

La déposition des témoins devant le tribunal militaire, dans le cadre du procès Thomas Sankara et ses douze compagnons, a démarré ce matin (mardi 16 novembre 2021) avec Daouda Traoré, colonel-major à la retraite.

En station debout, le témoin, vêtu de haut d’une tenue Faso Danfani, la voix vigoureuse, a, pendant environ trois quarts d’heure, retracé sa version des faits des évènements au cœur du jugement depuis le 11 octobre 2021.

Après avoir librement narré ses faits, avec des passages, les uns aussi détaillés que les autres, place a été faite aux parties pour poser des questions, aux fins d’éclairer davantage le dossier. Pour le Parquet, et après quelques questions d’éclaircissements, "les déclarations claires de Daouda Traoré permettent de tirer des informations sur le dossier".

En effet, Daouda Traoré était membre de la Commission de contrôle et vérification, une structure du Conseil national de la révolution. Il était l’adjoint de Christophe Saba, président de ladite structure. Cet organe contrôlait la vie du Conseil national de la révolution et devrait même s’assurer du bon fonctionnement des sociétés d’État.

En cette matinée de jeudi 15 octobre 1987, le miliaire Traoré avait démarré pour rejoindre son poste à Fada N’Gourma (environ 230 km à l’Est de Ouagadougou), où il venait de prendre contact après son affectation. Et ce, après une rencontre qu’ils ont tenue le 12 ou le 13 octobre 1987 (il dit n’être pas sûr de la date précise) au cours de laquelle, la préoccupation des rumeurs relatives à une tension entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara a été discutée. Il précise que Blaise Compaoré a pris part à ladite rencontre. La réunion a préparé également une sortie de meeting à la mine d’or de Poura (environ 170 km à l’ouest de Ouagadougou), le 15 octobre 1987.

Pour se rassurer que rien ne se tramait donc, comme l’a dit Blaise Compaoré à la Commission de contrôle et vérification, il a été convenu que ce dernier prenne publiquement la parole audit meeting pour "démentir les rumeurs et réaffirmer sa fidélité au chef de l’État, Thomas Sankara".

C’est donc convaincu que le problème (problème s’il y avait) était derrière, qu’il a décidé de regagner Fada N’Gourma, sans assister à cette rencontre de 16 heures, ce jeudi 15 octobre, au conseil de l’Entente (rencontre au cours de laquelle est survenu le drame). La réunion, précise-t-il, devait discuter de la création d’un grand groupe. Thomas Sankara ayant estimé qu’il faut regrouper les forces pour aller à l’essentiel.

Mais le véhicule de Daouda Traoré (il avait un chauffeur) percute l’arrière d’un autre, à la sortie de la ville. Ce qui va retarder leur chemin (il fallait se soumettre aux formalités de constat). Il laisse le chauffeur et replie à la maison pour se rendre ensuite avec son épouse à la SOCOGIB pour voir comment sous-louer leur villa (étant affecté hors de Ouagadougou). Ils prennent plus de temps à la SOCOGIB (Société de Construction et de Gestion Immobilière du Burkina).

C’est de retour à la maison vers 16h, et alors qu’il devait passer au conseil de l’Entente pour prendre du carburant (pour le départ sur Fada N’Gourma), qu’il entend les coups de feu. Il décide de se précipiter au Conseil de l’Entente, mais se heurte à des éléments "ennemis" à l’accès nord-est (Lycée Bogodogo) qui neutralisent son élément (sécurité, vraisemblablement, ndlr) et ouvrent ensuite le feu sur lui. Il réussit à s’échapper. Il apprendra le coup d’État et la proclamation du Front populaire avec la lecture, sur les ondes, de la déclaration par le lieutenant Oumar Traoré.

Par la suite, Blaise Compaoré le convainc de ne plus partir à Fada N’Gourma et tente d’avoir son ralliement pour continuer la nouvelle dynamique qui venait de s’enclencher. Face à son refus, il va être emprisonné puis libéré en mars 1988 avec à l’actif, la radiation de l’armée.

Selon M. Traoré, l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré était de sorte que le premier "se refermait", lorsqu’un interlocuteur voulait parler du second (Compaoré). "Lorsqu’on abordait cette question (tension entre les deux, ndlr), il (Sankara) se fermait. J’avais l’impression qu’il ne voulait pas livrer Blaise (Compaoré). (...). Je ne pense pas qu’il y avait un problème entre Sankara et Compaoré ; je pense plutôt que c’est Blaise Compaoré qui avait des problèmes avec Sankara et avec la révolution", dit l’ancien directeur de la Délégation du peuple au logement, Daouda Traoré.

Ce dernier est plusieurs fois revenu sur la rigueur de Thomas Sankara vis-à-vis de certaines valeurs, notamment la loyauté, la conviction. "C’était ça, l’homme Sankara : très juste, loyal et rigoureux", affirme Daouda Traoré, en réponse à des questions du président du tribunal sur les "déviations"de la révolution dont font cas certains acteurs.

"Sankara, sa plus grosse faiblesse, là où il n’appliquait pas sa rigueur, c’était Blaise Compaoré", a confié le colonel-major à la retraite, Daouda Traoré.

O.L.
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 16 novembre 2021 à 15:13, par SOME En réponse à : Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

    L’homme a beau vouloir tout prévoir, mais il a toujours un point faible : son talon d’Achille comme le montre la mythologie
    SOME

    Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2021 à 15:53, par Ka En réponse à : Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

    Et où était Thomas Sankara ? lui demander ce qu’il a foutu et où était Thomas Sankara ? Au bout du fil, ce dernier décroche, dès qu’il a demandé où était Thomas Sankara, il dit ne quitte pas, je te passe Diendéré. Et Diendéré de répondre, ne quitte pas, je te passe Lingani. Lui aussi dira la même chose. Ne quitte pas, je te passe Blaise Compaoré. Enfin Blaise Compaoré lui répond que Thomas Sankara est mort. "Quand il a dit cela, j’ai crié", scande-t-il.
    Et Blaise Compaoré de dire : "Est-ce que tu savais qu’il voulait nous tuer tous ? Quel menteur ce Blaise Compaoré.

    Selon M. Traoré, l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré était de sorte que le premier "se refermait", lorsqu’un interlocuteur voulait parler du second (Compaoré). "Lorsqu’on abordait cette question (tension entre les deux,
    ndlr), il (Sankara) se fermait. Je ne pense pas qu’il y avait un problème entre Sankara et Compaoré ; je pense plutôt que c’est Blaise Compaoré qui avait des problèmes avec Sankara et avec la révolution", dit l’ancien directeur de la Délégation du peuple au logement, Daouda Traoré. "Sankara, sa plus grosse faiblesse, là où il n’appliquait pas sa rigueur, c’était Blaise Compaoré"

    .
    Monsieur Daouda Traoré mes respects ! Vous êtes un vrai Soldat dont vous venez de le prouver devant vos juges militaire. Vous aviez prouvé avec franchise aux parents des victimes, et à votre peuple que tout manquement à ses règles d’un bon militaire, doit être sanctionné selon la gravité des faits.

    Vous venez sans le savoir confirmer l’adage populaire qui dit : ‘’’Les enfants savent monter, mais ils ne savent pas descendre.’’’ Quand Blaise Compaoré et Diendéré Gilbert durant 27 ans se croyaient des dieux sur terre, et se pavanaient a la tête d’une horde de criminels, ils ne pouvaient pas discerner l’esprit qui les animait qu’un jour ils descendront dans les mensonges pour sauver leur peau. Un vrai soldat qui jure de servir avec loyauté sa patrie ne ment pas. Monsieur Traoré, tes supérieurs de l’époque ne sont pas dignes d’êtres militaires, la seule solution est de les condamnés et les dégradés a vie. Quelle image ces voyous donnent à l’armée Burkinabé ?

    .La discipline et l’intelligence qui sont, entre autres, des qualités d’un bon militaire, et doivent être mis en avant le sens de l’honneur, la probité, le professionnalisme et le comportement. Tout manquement doit être sanctionné selon la gravité des faits. Au sein de l’armée républicaine, tous reçoivent la même éducation ! Et monsieur Daouda Traoré en est un exemple. Blaise Compaoré a tuer son ami pour le pouvoir, mais aujourd’hui plus qu’hier, le mythe Sankara est plus vivant que jamais. Il a défié le temps à tel point que l’enfant de tout un continent paraît aujourd’hui comme le chemin, pour beaucoup de Burkinabè et de jeunes Africains.

    Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2021 à 16:33, par caca En réponse à : Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

    Tout ce que dit ce Monsieur est tendancieux. Il s’agit d’un victime collatéral des événements du 15 octobre 1987. C’est normal qu’il reproche le camp Compaoré puisque Thomas Sankara était déjà mort. Ce qui lui ait arriver c’est le même sort qui arrive à ceux qui ne collaborent pas après un coup d’état. C’est un témoin à charge et son témoignage est dans ce registre. Nous voulons de preuve irréfutable et là c’est d’une preuve irréfutable.

    Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2021 à 19:17, par Diallito En réponse à : Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

    Voisin vous êtes vraiment intègre. Que Dieu vous donne longue vie pour que vous puissiez donner des conseils à vos enfants. L’un des fils de votre voisin côté Est de votre maison.

    Répondre à ce message

  • Le 17 novembre 2021 à 16:10, par Alexio En réponse à : Révolution démocratique et populaire du Burkina : « Sankara, sa plus grosse faiblesse, c’était Blaise Compaoré », témoigne Daouda Traoré

    Le maillon faible de la revolution du CNR etait bien sur Blaise Compaore et sa femme un produit de la Francafrique d Hophouet Felix Boigny. La courroie de tranmission de tous le coups bas en Afrique occidentale dite francaise.

    Sa famille Terrasson avec ses ramifications coloniales, d Abidjan a Bobo-Dioulasso, d ou le nom d une rue est le reflet et la confirmation cet statut colonial francais.

    En L occurrence " LA RUE VICENS" de Koko qui n est rien de secret de polichinelle que la femme de Blaise Compaore Chantal avait charme son homme a cette derive fatale qui remettra a cause le destin de tout un peuple. Elle etait le vers dans le fruit.

    Elle etait aussi animee d une jalouse aveugle de la famille Thomas Sankara-Mariam Sankara. D apres le defunt journaliste de Jeune Afrique le Malgache Sennen Andriamirado. Ref du livre : Il s apellait Sankara.

    La conclusion ; La revolution est demontee avec l aide strategique du PCRV de l Actuel President RMCK. Voila, pourquoi les elements de cette clique pcervistes ont ete favorises par des postes minisrielles sous le regime dictatorial de Blaise Comapore un traitre a la solde de l Etat profond criminel francais.

    Répondre à ce message

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique
Dossier Thomas Sankara et autres : Le volet international en cours, l’inhumation des restes en perspective
Procès Thomas Sankara : Les accusés condamnés à payer 1 franc symbolique aux ayants droit du père de la révolution
Procès Sankara et compagnons : Quand les réclamations « fantaisistes » fâchent les avocats de la défense !
Intérêts civils dans le procès Thomas Sankara : L’État réclame plus d’un milliard 145 millions de francs CFA pour les préjudices subis
Intérêts civils dans le procès Thomas Sankara : La famille de feu Thomas Sankara réclame une "somme symbolique"
Procès Thomas Sankara : Sept personnes condamnées font appel
Procès Sankara et douze de ses compagnons : L’audience sur les intérêts civils est renvoyée au 25 avril 2022
Procès Thomas Sankara : « Au Burkina, quand on parle de réconciliation, on revient presque toujours à la question de la grâce ou de l’amnistie » (Me Boukary Willy)
Verdict du procès « Thomas Sankara » : Pour le CDP, le verdict éloigne le peuple de la réconciliation nationale
Procès Thomas Sankara et douze autres : Justice enfin pour les familles !
Procès Thomas Sankara et douze autres : Ablassé Ouédraogo trouve le verdict humiliant pour certains condamnés
Procès Thomas Sankara et douze autres : Une victoire dans la lutte contre l’impunité, selon les avocats de la famille de l’ancien président
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2021 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés