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Indice d’ingérence de l’industrie du tabac : Le Burkina se classe 10e sur 14 pays africains, l’ACONTA interpelle

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • mercredi 27 octobre 2021 à 22h30min
Indice d’ingérence de l’industrie du tabac : Le Burkina se classe 10e sur 14 pays africains, l’ACONTA interpelle

Afrique contre le tabac (ACONTA) a procédé au lancement du rapport sur l’indice de l’ingérence de l’industrie du tabac au Burkina Faso. C’était le lundi, 25 octobre 2021 à Ouagadougou, en présence de plusieurs institutions partenaires de lutte contre ce phénomène de santé publique, notamment le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat ; le ministre de la santé ; l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Burkina et le Réseau des journalistes pour la lutte antitabac au Burkina Faso, tous destinataires dudit mémorandum.

Ce rapport, premier du genre du Burkina sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac, évalue la façon dont le gouvernement répond aux tactiques de l’industrie du tabac en utilisant les directives de l’article 5.3 de la CCLAT de l’OMS (des directives pour l’application de l’article 5.3 de la convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac), relatives à la protection des politiques de santé publique en matière de lutte antitabac face aux intérêts commerciaux et autres de l’industrie du tabac.
L’étude couvre la période de 2014 à mars 2021. Quatorze pays africains (80 pays participants au plan mondial) ont été retenus pour mener des recherches sur les cas d’ingérence. « Les scores vont de 0 à 100. Le Burkina obtient un score de 57 points et a été classé 10è sur 14 pays africains », précise le rapport.

Les données ont été recueillies à partir de sources accessibles au public, notamment le site web du gouvernement, les rapports publiés dans les médias, les sites et les rapports de l’industrie du tabac, les rapports du ministère de la Santé.

L’étude fait ressortir que le Burkina obtient une mauvaise note du fait du système d’authentification, de suivi, de traçabilité et de vérification fiscale des produits du tabac fabriqués ou importés au Burkina, basé sur les normes « codentify » (système de lutte contre la contrebande par la sérialisation de produits) qui est une initiative des compagnies du tabac.

Dr Binta Sako, recevant le rapport

L’industrie du tabac a utilisé plusieurs groupes de façades « pour se laver moralement », révèle l’étude, citant par exemple, la nuit des sponsors du gouverneur de la région du Centre au cours de laquelle, l’industrie du tabac a reçu des trophées d’honneur à deux reprises. L’industrie du tabac a aussi fait don de forage au village de Toumousséni (dans la région des Cascades), dont la cérémonie a été présidée par l’ancien ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré. Elle a également remis un forage au camp de gendarmerie de Kuinima en 2021 et un lot de matériel scolaire et d’articles de sport à une école primaire de Mangodara (dans la région des Cascades).

« Ces activités de responsabilité sociale d’entreprise de l’industrie du tabac ont été possibles, grâce au laxisme de nos lois et au manque d’éthique et l’utilisation des groupes de façades par l’industrie du tabac. Nous appelons le gouvernement à renforcer le code d’éthique et de déontologie applicable aux agents publics de l’Etat, en barrant le chemin à ces pratiques de l’industrie du tabac (…). Le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat fait quelques efforts sur la transparence de ses activités avec l’industrie du tabac dans le processus des avertissements sanitaires graphiques, mais de nombreuses autres se passent tout à fait dans l’ombre », interpelle dans la présentation, le coordonnateur de l’ACONTA, Salif Nikiéma. Il déplore les nombreux évènements sponsorisés et parrainés par les ténors de l’industrie du tabac.

C‘est pourquoi, les responsables de l’association ACONTA recommandent au gouvernement de rendre transparentes toutes les interactions avec l’industrie du tabac, en les exposant devant la presse et la société civile ; d’abroger l’arrêté sur le « codentify » et d’instaurer un système de suivi et de traçabilité des produits du tabac totalement indépendant de l’industrie du tabac et conforme au protocole.
L’organisation recommande en outre d’adopter un code de conduite sur les interactions entre les membres du gouvernement, de l’administration publique et l’industrie du tabac et une règlementation visant à interdire les activités dites socialement responsables de l’industrie du tabac.

Photo de famille avec les représentants des destinatires du rapport. De gauche à droite, Dr Narcisse Naré, Dr Binta Sako, le ministre Harouna Kaboré, Valentine Zoungrana du REJAT-BF et Salif Nikiéma

« Le tabac contribue à affaiblir nos capacités, il détruit des vies »

Depuis sa création, l’ACONTA a mené d’innombrables actions, lui permettant ainsi d’engranger des acquis multiformes. Outre les sorties de sensibilisation grand public, elle a mené des plaidoyers pour l’augmentation des taxes sur le tabac de 30 à 45% en décembre 2017, lors de l’adoption du code général des impôts et contribué à l’apposition des images sur les emballages de tabac. L’ACONTA a en outre œuvré pour l’application de l’interdiction de fumer dans les lieux publics à Ouagadougou, en collaboration avec la police nationale, la police municipale et le tribunal de grande instance de Ouagadougou.

Fort des défis qui restent à relever, les responsables de l’association plaident auprès du ministère de la Santé afin qu’il assume pleinement ses responsabilités dans la lutte anti-tabac de façon visible en appliquant la loi anti-tabac et l’interdiction de la publicité. Ils demandent aussi l’allocation à ACONTA de ressources, afin de lui permettre de réaliser ses objectifs en matière de lutte anti-tabac par des campagnes nationales pour l’application de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, l’interdiction de la publicité, des campagnes de sensibilisation contre l’usage des drogues, l’alcool et autres stupéfiants. Ils préconisent aussi la prise d’un décret national « de toute urgence » pour interdire la chicha.

Présent à cette cérémonie de lancement, le ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, Harouna Kaboré, co-parrain de l’activité avec le ministre de la santé, a d’abord félicité l’ACONTA pour l’immensité du travail abattu, malgré les difficultés rencontrées dans cette lutte. Il s’est ensuite attardé sur les méfaits du tabac avant de faire un lien avec le grand banditisme, notamment le financement du terrorisme.

Le ministre Harouna Kaboré, recevant le rapport des mains du coordonnateur de l’ACONTA, Salif Nikiéma (à gauche)

« On sait que le tabac contribue à affaiblir nos capacités, il nuit à la santé, détruit des vies. Qu’on le consomme directement ou qu’on soit des personnes qui assistent à sa consommation, c’est dangereux et on ne peut pas parler de développement du capital humain si on ne traite pas de toutes les questions qui permettent à la population, aux acteurs, aux agents économiques, de rester en bonne santé. (…). ACONTA est dans une logique de faire appliquer les accords que nous avons signés, les textes sur lesquels nous nous sommes engagés. C’est une organisation de la société civile qui participe au développement de notre pays à sa manière. Ce rapport, qui est un condensé d’informations et de données, va permettre au gouvernement de s’appuyer là-dessus pour améliorer les politiques publiques et l’ensemble des actions qui sont développées pour lutter contre le tabac. Nous allons analyser avec nos services techniques, le contenu du rapport, les recommandations qui sont faites, pour voir dans quelle mesure, nous allons continuer à implémenter des mesures pour traiter définitivement cette question en collaboration avec le ministère de la Santé et d’autres acteurs comme ACONTA », promet le ministre Harouna Kaboré.

Selon Dr Narcisse Naré, représentant le ministre de la santé, « toutes les six secondes, une personne dans le monde, meurt à cause du tabagisme. En 2011, la consommation du tabac a provoqué le décès d’environ six millions de personnes, parmi lesquelles, 600 000 étaient des fumeurs passifs. Malheureusement, 80% de ces décès ont été observés dans les pays à revenus faibles ou moyens, comme le Burkina ».

C’est aussi focus sur l’impact du tabagisme et les enjeux de la lutte, que la représentante de l’OMS au Burkina, Dr Binta Sako, a axé son intervention, exhortant l’ensemble des acteurs à davantage de synergie dans la lutte contre le phénomène tabagique.

O.H.L
Lefaso.net

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