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Fusion de partis sankaristes : "Avec le MPP, notre vision était de faire en sorte que tous ceux qui se réclament de la gauche puissent se mettre ensemble (député Halidou Sanfo)

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET • mardi 19 octobre 2021 à 22h22min
Fusion de partis sankaristes :

L’un des événements politiques majeurs de la vie politique burkinabé de cette fin d’octobre 2021 est le congrès de fusion des partis sankaristes et progressistes, dont le ton a été donné par l’Union pour la renaissance / Parti sankariste (UNIR/PS) et le Mouvement patriotique pour le salut (MPS). A deux semaines de cette ultime instance, les 30, 31 octobre et 1er novembre 2021, nous avons tendu le dictaphone au métronome de l’organisation, le député Halidou Sanfo. Dans cet entretien, ce responsable sankariste est sans langue de bois sur les contours et enjeu de ce processus de fusion entamé en août 2021.

A deux semaines de l’évènement, le Congrès de fusion, que peut-on retenir de l’organisation pratique et du processus lui-même ?

Député Halidou Sanfo : Au niveau du Comité d’organisation, nous sommes presque fin prêts pour accueillir les congressistes, les mettre dans les conditions optimales pour une réflexion fructueuse. Cette fois-ci, l’UNIR/PS et le MPS ont eu l’ingénieuse idée de se mettre ensemble pour une fusion, et à l’occasion de la signature de ce protocole, nous avons appelé à ce que les partis progressistes, ou les organisations qui ont une vision progressiste, puissent nous rejoindre. Et Dieu merci, à ce jour, il y a cinq formations politiques qui ont répondu favorablement à l’appel. Nous sommes en train de travailler à ce que l’organisation politique qui va sortir de ce congrès-là puisse, sur le terrain, être représentative ; parce que le plus important pour un parti politique, ce n’est pas sa création, c’est pouvoir l’implémenter sur le terrain.

Donc, non seulement nous travaillons à réussir le congrès, mais en même temps, si vous regardez tout le processus qui est en train de se dérouler, à également réussir à la base. C’est pourquoi, nous avons organisé des assemblées générales à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso, Yako et bientôt à Réo. Après le congrès, nous serons également sur le terrain pour que les Burkinabè puissent connaître ce qui a fait l‘objet de notre volonté de fusion. Cela va également permettre aux Burkinabè, dans la perspective des échéances (municipales, ndlr) à venir, de pouvoir connaître cette jeune (jeune en terme d’organisation formelle) de se positionner. Donc, au niveau du comité d’organisation, nous sommes en train de mettre les petits plats dans les grands, pour que les trois jours de séjour des congressistes puissent se faire dans de bonnes conditions.

Certains vous (UNIR/PS) attendaient avec votre principal allié, le MPP. Mais on a plutôt constaté que ce sont des dynamiques de fusion de part et d’autre, qu’est-ce qui n’a pas marché avec le parti au pouvoir ?

Nous sommes peut-être l’allié stratégique (je crois que le terme qui sied). Maintenant, si au congrès passé, nous n’avons pas pu faire une fusion avec le MPP, peut-être que ce n’est que partie remise. Nous, effectivement, comme vous l’avez dit, nous sommes alliés au MPP, nous travaillons ensemble, on se parle, on se concerte, je pense que le plus important, c’est pouvoir par exemple travailler dans la concertation. J’ai l’habitude de dire que nous, nous sommes en train de nous organiser. Eux-aussi (MPP, ndlr), ils se sont organisés ; des partis se sont ralliés à eux, des partis sont aussi en train de se rallier à nous. Nous pensons que 2025, c’est encore loin, nous aurons l’occasion et la latitude de pouvoir nous retrouver à des combats, soit de façon commune soit de façon stratégique.

Le tout étant qu’on puisse faire en sorte que la gestion du Burkina Faso puisse échoir à la gauche démocratique. Voilà notre vision. Avec le MPP, notre vision était de faire en sorte que tous ceux qui se réclament de la gauche puissent se mettre ensemble. Je pense que cette idée n’est pas abandonnée, nous sommes toujours en train de travailler là-dessus. Dieu merci, peut-être aussi qu’avec le changement à la tête du MPP, d’ici là, les choses vont aller beaucoup plus rapidement vers la mise en place de la gauche démocratique.

Vous espérez qu’avec le changement à la tête du MPP les choses aillent vite… Est-ce dire que le président sortant n’y était pas trop favorable ?

Non, je ne dis pas cela. Avec le MPP, nous avons travaillé dans ce sens, nous avons même crée des commissions ad ’hoc, travaillé dans l’esprit d’aller vers une fusion de la gauche. Ça n’a pas prospéré. C’est pourquoi, je dis que nous pensons que cette dynamique étant toujours là, avec le nouveau président, nous allons relancer les échanges et peut-être que cette fois-ci, ce sera la bonne.

Est-ce dire que l’UNIR/PS, jusque-là principal porte-flambeau politique de l’idéal sankariste a peur de perdre son identité, en fusionnant avec le MPP ?

Non, il ne faut pas voir les choses de cette manière. Pour nous, le combat que nous menons, c’est faire en sorte que le pouvoir qui sera-là puisse appliquer la vision Thomas Sankara. C’est-à-dire placer l’homme et la femme au centre de la démarche, qu’ils puissent compter. Sinon, ce n’est pas forcément en tenant l’étendard Thomas Sankara qu’on est sankariste. Nous, notre combat, c’est d’appeler tous ceux qui se réclament sankaristes, progressistes, à pouvoir se mettre ensemble. Vous savez, c’est quand on est dans les arcanes du pouvoir qu’on peut travailler à mettre en œuvre ses idées sankaristes. C’est pourquoi, nous appelons, de tous nos vœux, à ce qu’on puisse asseoir un parti de gauche avec une forte idée sankariste. Nous sommes toujours dans la dynamique et nous pensons qu’après la prise du parti par le camarade Bala Alassane Sakandé, qui se réclame sankariste, et qui le vit, il faut continuer la concertation, les échanges, pour que véritablement le Burkina Faso puise mettre en place cet outil de gauche-là.

La vie des partis sankaristes a été marquée par des divisions, situation qui a déçu des partisans et des Burkinabè non-partisans, mais qui ont foi aux idéaux de Thomas Sankara. Quel gage pourrez-vous donner à tous ceux-là que cette fois-ci sera la bonne ?

Si vous voulez parler des tentatives qui n’ont pas prospéré, c’est exact, je vous concède cela. Effectivement, il y a eu plusieurs tentatives de regroupement, depuis 2005. La dernière tentative date de 2015 avec la convention, qui a échoué et où bien d’autres Sankaristes étaient à la manœuvre. Effectivement, ça n’a pas donné. Aujourd’hui, tout le monde a tiré leçon de la situation. En 2015, on est allé à des élections (scrutin couplé de d’octobre 2015). En 2016, nous sommes allés à des élections (municipales de mai 2016). En 2020, nous sommes également allés à des élections (scrutin couplé du 22 novembre 2020). Je pense que les divisions ont aujourd’hui fait leurs preuves. Les paris sankaristes ont tiré des leçons du fait que, seul, peut-être on est important, mais on n’est pas fort.

Alors, je pense que c’est le facteur qui a beaucoup contribué et qui aide aujourd’hui à ce rapprochement. Chacun a fait le point de ses échecs et on s’est dit qu’il est temps que nous puissions nous unir, unir nos forces pour pouvoir réussir ce dont nous rêvons depuis longtemps. Si vous mettez les voix des partis sankaristes ou des partis qui se réclament progressistes, aux dernières élections, vous vous rendrez compte que ceux qui n’ont pas eu par exemple d’élus, c’est parce que chacun a pensé qu’il était fort. Au finish, il s’est rendu compte que ce n’est pas le cas. J’ai l’habitude de prendre l’exemple du Passoré, où l’UNIR/PS, le PUR (qui est née des entrailles de l’UNIR/PS), l’URD/MS, le MPS ; mettez ensemble les voix de ces partis et vous verrez que c’est extraordinaire.

Un calcul rapide montre que nous, UNIR/PS, avons eu 8 000 voix, le PUR a eu plus de 6 000 voix, l’URD/MS a eu plus de 3 000 voix, le MPS environ 2 800. Alors, si vous mettez ces voix-là ensemble, vous avez près de 20 000 voix. Il n’y a pas ce parti politique qui a eu ce nombre au Passoré. Voyez-vous, tous ces partis ne se réclament pourtant que de sankaristes. C’est pourquoi, je pense que les uns et les autres ont tiré les leçons de leur échec, à commencer par nous. Nous, nous avons eu des élus. Mais, on sait que si on s’était mis ensemble, on allait être plus forts, on allait peser dans la balance. Donc, votre constat est vrai, il y a des échecs, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas essayer.

Nous pensons que s’il plaît à Dieu, à partir du 1er novembre (2021), nous aurons une organisation meilleure que ce que chacun avait de par le passé. Car, la politique, ce sont certes des idées, mais ce sont aussi les hommes qui l’animent. Si vous avez de belles idées, de belles propositions, mais que ceux qui les portent n’ont pas par exemple la confiance et la considération de leurs bases, on vous prendra pour des fous. Mais si vous avez des personnes-ressources importantes, compétentes, respectées qui les portent, vous verrez qu’il y aura de l’adhésion, de l’engouement des communautés.

L’UNIR/PS, qui est le principal parti dans cette fusion, a-t-elle posé des conditions aux autres partis pour aller dans cette nouvelle perspective ?

Non, pas véritablement. Le premier principe, à ma connaissance, c’est la bonne foi. Et le président Sankara (Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l’UNIR/PS, ndlr), la vice-présidente Drabo (Dr Rose Drabo, vice-président du MPS, ndlr) l’ont clamé à plusieurs reprises. Il n’y a pas de calculs. Si vous venez à un regroupement ou à une fusion avec des calculs, ça ne va pas prospérer. Naturellement, dans la mise en place des structures, et plus tard dans les positionnements, des situations pourraient logiquement amener à tenir compte des forces sur le terrain.

Si on se dit par exemple qu’en mettant le député Sanfo à Kaya, ça va marcher, on me mettra ! Mais si on sait qu’en le mettant à Kaya, ça ne va pas marcher, mais on ne peut pas le mettre. Ça, c’est dans une démarche stratégique. Donc, le plus important d’abord, c’est la bonne foi. Ensuite, travailler dans la sincérité pour pouvoir mettre en place les structures de façon consensuelle, et nous pensons que juste après le congrès, ce travail sera fait. Et il faut rapidement faire en sorte que les six partis politiques-là puissent se retrouver consensuellement dans les structures, du niveau province au niveau village, en passant par les communes. A l’issue du congrès, on ne parlera plus de militants de l’URD/MS, Faso kooz…, mais simplement de militants du nom que le parti va porter.

Puisque vous parlez de bonne foi, êtes-vous prêts à accueillir toute demande à se joindre à vous ?

Bien-sûr ! La dernière fois, nous avons reçu le PJD de Dieudonné Bakouan. Nous sommes donc ouverts, sauf que nous sommes à deux semaines du congrès. Nous allons devoir clôturer pour pouvoir passer aux choses pratiques parce qu’on n’arrive pas au congrès comme on arrive au marché, ça se prépare. Ça demande qu’on arrête les choses à un moment donné, qu’on finalise pour faire en sorte que quand les congressistes vont arriver, ils trouvent une organisation solide, pour ne pas perdre le temps.

Combien de partis politiques sont enregistrés pour cette fusion ?

Nous avons six organisations, dont cinq formations politiques et une formation de la société civile. Mais dernièrement, nous avons enregistré une organisation de la société civile, qui a demandé à adhérer. Il s’agit de la Jeunesse sankariste unie (JSU). Donc, nous avons maintenant cinq partis politiques et deux organisations de la société civile.

Des personnes physiques sont-elles annoncées pour se joindre à la nouvelle organisation politique ?

Oui, à ce congrès, des individus pourraient faire leur entrée.

Pourquoi le choix des 30, 31 octobre et 1er novembre 2021 ?

C’est symbolique.

Que faut-il comprendre par-là ?

Nous sommes des insurgés. Nous nous réclamons insurgés.

C’est donc dire qu’aucun parti de ceux qui étaient de l’autre côté (la majorité) les 30, 31 octobre et 1er novembre 2014, ne peut prendre part à la fusion ?

Quand je dis que les insurgés, ça ne veut pas dire qu’on exclut des partis. Nous sommes ouverts à tous les progressistes. Mais, le symbole, 30, 31 octobre et 1er novembre, c’est effectivement des dates qui marquent l’histoire de ce pays : l’insurrection populaire, qui a chassé du pouvoir, monsieur Blaise Compaoré, qui a chassé un système. Ce qu’il faut retenir comme symbolique, c’est que ça marque une rupture, nous voulons une gouvernance vertueuse. C’est pourquoi, nous avons retenu cette date. Vous verrez que les discours qui seront livrés et les actes qui seront posés à ce congrès vont dans ce sens.

Votre congrès de fusion se tient au moment où s’ouvre le procès Thomas Sankara et compagnons. Ayant été à l’ouverture le 11 octobre, comment avez-vous accueilli et vécu cet instant inaugural, après tant de temps d’attente et quels sont les enseignements qu’on peut déjà en tirer ?

La journée d’ouverture a été pour nous, jeunes, qui n’avons pas eu beaucoup de temps de côtoyer le président Sankara, mais qui avons quand même été ses pionniers, un moment d’émotions et plein de symbole. En 85 et 86, nous avons participé aux évènements organisés par le capitaine Thomas Sankara, pour amener les élèves que nous étions à l’époque, à pouvoir nous approprier les rudimentaires de la Révolution. Je me rappelle avoir quitté mon village pour rallier Ouagadougou par des moyens de fortune.

Nous qui avions également l’espoir que c’est par ce dernier que le pays allait connaître un développement endogène, où la participation de chacun allait être acquise, aujourd’hui, avec l’ouverture du procès, c’est une nouvelle page qui s’ouvre pour le Burkina Faso. Une page qui va permettre aux familles de pouvoir connaître, un tant soit peu, la vérité. Comme c’est un complot, c’est très complexe. Mais aujourd’hui, avec ce procès, nous pensons quand même que les prémices de la vérité seront-là, ça va permettre aux familles de pouvoir faire leur deuil et nous autres, sankaristes, c’est une victoire d’étape.

Victoire, parce que nous pensons que nous avons mené le bon combat, en ce sens qu’aujourd’hui, parler de justice pour Thomas Sankara, il faut véritablement saluer les femmes et les hommes qui ont cru au combat. A l’ouverture, vous observerez que tous ceux qui étaient-là, exprimaient un petit ouf de soulagement de voir par exemple la veuve Mariam Sankara, les compagnons de Thomas, qui ont lutté et qui ont cru. Nous constatons que le procès est ouvert, c’est un bon départ. Nous espérons qu’il sera pédagogique et instructif pour le peuple burkinabé, les Africains et le monde entier.

En conclusion ?

Juste un appel aux militants des formations politiques qui vont à cette fusion, surtout ceux de Ouagadougou, à pouvoir rallier la Maison du peuple, à l’invitation de notre comité de mobilisation, qui va leur donner les consignes nécessaires à cet important rendez-vous. Qu’ils se mobilisent pour donner un éclat particulier à cet évènement, parce que nous pensons que cela va être un début de la dynamique de fusion pour la gauche démocratique, que nous appelons de tous nos vœux et nous pensons que c’est une occasion à ne pas manquer.

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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