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Fespaco 2021 : "Le cinéma burkinabè est en train de se reconstruire", indique la réalisatrice Carine Bado

Accueil > Actualités > Culture • Lefaso.net • mercredi 13 octobre 2021 à 22h35min
Fespaco 2021 :

La 27e édition du FESPACO débute ce samedi 16 octobre 2021. Pendant une semaine, plusieurs films burkinabè tenteront de décrocher des prix. Au niveau de la catégorie court métrage, le film « Zalissa » lorgne le Poulain d’or. Pour cela, sa réalisatrice Carine Bado est confiante. Elle nous l’a dit au cours d’un entretien qu’elle nous a accordé le mardi 12 octobre 2021. Elle se prononce également sur le cinéma burkinabè. Interview !

Lefaso.net : Présentez-vous aux lecteurs de Lefaso.net

Carine Bado : Je suis Carine Bado. Je suis réalisatrice. Je suis au cinéma depuis 1992.

Racontez-nous votre parcours artistique...

J’ai aimé le théâtre et le cinéma. J’ai commencé par le théâtre. De 1990 à 1992, je suis passée par le théâtre scolaire avec feu Amadou Bourou. En 1992, c’est un oncle qui m’a prise par la main et m’a amenée faire mon premier casting. Ce monsieur s’appelle Abdoulaye Dao. Il m’a appris plus tard le cinéma. Je suis restée avec lui durant mes années d’étudiante en communication, de 1998 à 2004. Même maintenant, on continue de travailler ensemble. C’est lui qui m’a appris le cinéma.

Comment vous vous sentez dans le métier. Votre condition de femme n’est pas un fardeau pour vous au cinéma ?

Ma condition de femme n’a jamais été pour moi un fardeau dans le cinéma. Peut-être que j’ai eu une chance. Ayant travaillé auprès d’une personne et cette personne étant un père pour moi, j’avais un parrainage. Donc ça n’a pas été un fardeau. J’ai rencontré dans le cinéma mon premier patron, Pierre Yaméogo en 1992, en jouant dans le film « Wendemi ».

Par la suite, j’ai continué de travailler avec lui pour apprendre à être scripte et puis finalement je me suis retrouvée sur tous les plateaux de ses films suivants, depuis « Moi et mon blanc », pour le scripte. Avec Abdoulaye Dao, aujourd’hui je suis réalisatrice. A l’époque, il n’y avait plus d’écoles de cinéma. Les parents n’avaient pas de moyens pour m’envoyer étudier ailleurs. Moi j’ai appris à faire le scripte pour finalement venir à la réalisation.

C’est quoi le métier de scripte ?

Le scripte, c’est la mémoire du film. Il doit noter tout ce qu’on a fait dans la journée sur un plateau. C’est-à- dire chaque plan qui a été tourné, chaque séquence qui a été tournée, le scripte doit pouvoir mentionner cela sur son rapport. Les points qui sont tournés, le scripte doit pouvoir choisir ce que le réalisateur préfère et dire pourquoi le réalisateur préfère ce plan, pourquoi l’équipe lumière ou photo dit que ce plan n’est pas bien.

Depuis tout ce temps, quel est votre filmographie ?

J’ai fait beaucoup de spots publicitaires. J’ai fait des films institutionnels. J’ai fait des documentaires de création qui parlent des conditions de femmes comme les fistules obstétricales. J’ai fait une fiction sur la corruption. J’ai fait également un long métrage co-réalisé qui a été primé dans beaucoup de festivals « fille de sa mère », avec Serge Armel Sawadogo. J’ai deux documentaires qui ont beaucoup tourné dans des festivals. Ce sont des thèmes de société que j’aborde plus ou moins. Il y a d’autres qui sont en écriture.

Dans quelles conditions avez-vous réalisé le film "Zalissa" ?

J’ai pu réaliser ce film grâce au soutien de mon époux, Bertin Florent Babo (producteur) qui a du matériel de prise de vue et un studio de post production. En dehors des films de commande, tous mes films ont été produits grâce à son appui technique et financier. Pour "Zalissa", j’ai bénéficié également du soutien financier du ministère de Culture, à travers le Fonds de développement culturel et touristique (programme relance covid-19) d’un montant de trois millions de francs CFA.

Et pour finir, le film a pu réellement se faire grâce au soutien incontestable et à l’engagement de l’équipe technique qui a cru au projet et en moi. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes (sans regarder au peu de budget, à la reprise de certaines séquences, au temps de tournage qui s’est retrouvé prolongé, aux difficultés techniques et liées aux intempéries, etc…) pour que le film "Zalissa" puisse se faire. J’en profite pour remercier la direction de l’école "Sanyiri A", les habitants de la commune rurale de Saaba et du quartier Dagnoen, lieux du tournage.

Merci grandement aux comédiens qui se sont donnés à fond pour ce film. Les aînés ont été d’une grande générosité envers les enfants et c’est tout cela "Zalissa". Je profite remercier la direction de l’Ecole Sanyiri A, le Naaba de Saaba, les habitants de la commune rurale de Saaba et du quartier Dagnoe, lieux du tournage.

De quoi parle votre court métrage sélectionné au FESPACO ?

C’est un court métrage de 35 minutes. « Zalissa », c’est l’histoire d’une petite fille qui est en classe de cours moyen. Quand elle revient de l’école à 17h, elle aide sa mère à vendre des arachides. Au retour le soir avec son frère qui vend lui des lotus, elle doit se mettre à travailler, à étudier pour repartir à l’école le lendemain. Sur ce parcours de vente, ça reste une petite fille.

Elle a envie d’être coquette comme toutes les petites filles. Il y a une de ses amis qui lui dit qu’elle peut s’acheter un bracelet qu’elle a vu. Le désir de ce bracelet est si fort qu’elle se met à voler. Nous savons que son amie qui s’appelle Alice passe également par d’autres méthodes pour avoir plus d’argent, de quoi mieux s’habiller pour être plus coquette. Du coup, on ne sait pas si elle tombera dans la prostitution ou pas.

Le FESPACO est là. Etes-vous confiante avec votre film ?

Je dirai oui. Mais je parlerai plus d’espoir. En réalité, avoir confiance à son film oui. Ce film est une histoire qui parle à ma société, qui parle à toute la société africaine. Donc un film, c’est l’histoire qu’il raconte. Est-ce que cette histoire tient la route ? Oui. Maintenant nous sommes 29 à concourir. Dans une compétition il faut bien sûr faire des choix. Il y a un jury qui est là pour ça.

Qu’est-ce que ça vous fait d’avoir son film sélectionné au FESPACO ?

Avoir son film sélectionné au FESPACO c’est avoir un label de qualité sur lui. C’est une reconnaissance d’un travail de qualité effectué par toute une équipe (comédiens, techniciens, producteurs). Le FESPACO est le festival panafricain du cinéma. C’est dire que toutes les œuvres (les meilleures) de toute l’Afrique et de sa diaspora y sont présentées. Aussi avoir son film, parmi tant de films, qui sera vu par des professionnels, des directeurs de festivals, des critiques et des festivaliers…, c’est magnifique.

C’est tout simplement être dans cette grande famille de cinéastes africains, C’est être sur les pas de ceux qui nous ont tracé la route du cinéma africain. Le FESPACO pour moi, c’est ce lieu de rencontres où tous les regards sur l’Afrique (vu par des africains) se croisent. Le lieu où l’Afrique se raconte…
Pour cette édition, J’ai beaucoup de joie d’y être et j’ai beaucoup d’espérance pour mon film Zalissa.

Comment vous voyez le cinéma burkinabè ?

Avec beaucoup d’espoirs. Le cinéma burkinabè est en train de se reconstruire. Ce sont des pierres que nous devons poser. Mais nous devons les poser sur de bonnes fondations. Il faut le faire. C’est important si on veut aller loin. Il faut qu’on se regarde avec sincérité. Il faut qu’on accepte de se juger, de s’autocritiquer pour véritablement nous reconstruire. On va continuer à indexer. Et quand on ne fait qu’indexer, on ne peut pas savoir qu’est-ce qui a réellement marché et ce qui n’a pas marché. Ainsi, on n’avancera pas.

Un message pour terminer !

Vive les cinémas d’Afrique. Parce qu’à ce FESPACO, nous allons voir énormément de jolis films. Parce qu’au regard des sélections, il y a certains films qui ont déjà eu des parcours à l’international. On se demandait où les voir. On va les voir. Du coup ça fait vraiment bien d’avoir son film sélectionné au FESPACO.

Dimitri OUEDRAOGO
Bonaventure PARE (Photo)
Lefaso.net

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