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Burkina : Bangane Bomboma, le pépiniériste passionné de plantes médicinales

Accueil > Actualités > Portraits • LEFASO.NET • jeudi 26 août 2021 à 11h30min
Burkina : Bangane Bomboma, le pépiniériste passionné de plantes médicinales

Bangane Bomboma, alias Emmanuel, est un jeune pépiniériste spécialisé dans la production de plantes aromatiques et médicinales à Ouagadougou. Également féru d’aviculture, il possède une basse-cour d’environ 150 têtes de pigeons, de cailles et des oies. Bangane utilise sa pépinière pour soigner les hommes et les animaux. Installé dans le quartier Tanghin depuis 2018, le jeune homme d’origine togolaise est intarissable sur les bienfaits des plantes. Portrait.

Bangane est né à Atakpamé, dans la préfecture d’Ogou, dans la région des Plateaux, en république togolaise. C’est là-bas qu’il fait ses études primaires et secondaires entre 1997 et 2012, à l’école privée Gamaliel et au collège Saint Albert le Grand, où il obtient le baccalauréat.

Le bac en poche, le premier fils de la famille est contraint d’abandonner sa scolarité par manque de moyens financiers. « Après le Bac, je ne pouvais pas continuer mes études, faute de moyens. Ma maman était malade et la famille était démunie. Je me suis battu pour pouvoir continuer mes études comme tout le monde, mais malheureusement je n’ai pas eu d’issue. Il fallait que je me lance dans la vie », confie-t-il. Bangane dépose donc ses bagages dans la capitale du pays des Hommes intègres en 2013 pour être un apprenti réparateur de parebrises. Mais très vite, Bangane abandonne. « Mon objectif était de pouvoir travailler pour aider ma maman à se soigner. Mais malheureusement, les choses évoluaient très lentement et ne suivaient pas la logique que je voulais. J’étais obligé d’arrêter. Je n’ai pas terminé l’apprentissage », explique-t-il. Il plie alors bagages et rentre dans son Togo natal, mais dans l’espoir de revenir au Burkina.

Au Togo, la famille de Bangane lui conseille d’essayer autre chose. Il avait déjà en projet de retourner au Burkina pour concrétiser un projet de vente de pièces détachées d’automobiles qu’il avait avec un autre jeune burkinabè. C’est ainsi qu’il se rend à nouveau à Ouagadougou au Burkina en 2014. Malheureusement, le projet est un échec. « Décidemment, je n’ai pas de chance avec les voitures », se dit le jeune Bangane. « J’étais obligé de travailler dans un maquis en tant que serveur pendant quatre mois », explique-t-il.

Puis, il intègre pendant deux ans une entreprise biomédicale, avant de se retrouver dans un laboratoire d’analyses médicales comme secrétaire et coursier. C’est là-bas qu’il se découvre une passion pour les plantes et les animaux.

Grâce aux réseaux sociaux, Bomboma découvre l’élevage des cailles. « Tout a commencé par les animaux en 2018. Je suivais les statuts d’un ami qui avait fait une publication pour vendre des cailles », explique-t-il. Après avoir approfondi ses recherches sur les cailles dont il avait déjà vu le nom mentionné dans des versets bibliques, il décide alors de se jeter à l’eau. Il débute avec quatre mâles et une femelle. C’est aussi le début de ses difficultés. « Quand j’ai commencé, je voyais qu’ils se battaient à un moment. Je ne comprenais pas pourquoi », explique-t-il. Pour lui, le fait que ses cailles se battaient était dû à leur nombre. Bomboma décide alors d’augmenter l’effectif en rachetant le reste des cailles de son ami. Il se retrouve avec trois femelles et treize mâles. Le problème ne disparaît pas.

Le Noni, une plante médicinale qui stimule le système immunitaire

Je suis mon propre cobaye

L’apprenti éleveur apprendra par la suite qu’il fallait mettre ensemble un mâle et quatre femelles. A ses cailles, il ajoute d’autres espèces : des pigeons locaux et de diverses origines (africaine, européenne, américaine... ) ; de la caille locale et la ‘‘caille jumbo’’, des oies de Toulouse et de Guinée.

Après les difficultés rencontrées dans l’élevage des cailles, Bomboma renforce ses connaissances à travers des recherches sur internet pour ne plus répéter les mêmes erreurs et assouvir sa curiosité. Il tombe sur l’ortie (communément appelé ‘‘tim’’ au Burkina) qui a des qualités thérapeutiques pour les humains. Cette plante réveille en lui son instinct de pépiniériste guérisseur. Bomboma continue ses recherches sur les plantes et leurs propriétés thérapeutiques. « À force de soigner les animaux, j’ai constaté après des recherches, que ces plantes, peuvent guérir les êtres humains. Je me suis demandé pourquoi ne pas mettre cela en valeur ? Et au fur et à mesure j’ai continué des recherches sur des maladies fréquentes que la médecine n’arrive pas à soigner, pour proposer des solutions et venir en aide à ces personnes à un prix abordable », explique-t-il.

Dans sa pépinière, on peut trouver des plantes comme le pissenlit, qui selon lui, peut être utilisé dans le traitement du cancer, dans le traitement des problèmes urinaires ou pour la régulation du sang. On y trouve également le romarin, l’artemisia, le noni, le pissenlit africain…

De nos jours nombreux sont ceux qui disent pratiquer la pharmacopée, mais qui sont en réalité des charlatans. « Sur ce plan, affirme le pépiniériste, chacun a son objectif. Le mien, c’est d’abord aider les gens. Le gain, c’est après. Mon objectif c’est d’abord chercher à faire du bien. Si je suis arrivé à ce niveau actuel, c’est par les encouragements des gens qui ont été guéris par les plantes que j’ai prescrites. »

Il affirme avoir guérit plusieurs personnes à partir de plantes ou de tisanes. Il s’agit principalement des femmes souffrant de règles douloureuses, de trompes bouchées sans compter des personnes qui souffrent « de petites maladies comme les maux de têtes, l’insomnie ». Bomboma assure qu’il teste d’abord ses produits sur lui-même. « Je me soigne avec mes plantes et je suis mon propre cobaye », déclare-t-il.

Le Lahore noire une race de pigeon très répandue au Burkina

Goulots d’étranglement

Même si Emmanuel arrive à vivre de ses activités, les difficultés ne manquent pas. Parmi les principales, il y a d’abord le problème de terrain. Vivant dans une cour en location, il ne peut se permettre de tout faire. Selon ses explications, il ne peut pas se permettre de planter certains grands arbres qui coûtent chers, dont les branches sont utilisées pour faire des boutures.

Ensuite, le problème d’eau se pose avec acuité. Emmanuel utilise l’eau de l’ONEA, ce qui n’est pas vraiment adapté à la production de plantes biologiques. « J’ai demandé à creuser un puits, mais les propriétaires de la cour n’ont pas été favorables. Pourtant, pour mes activités, il faut un puits ou un forage où l’eau est naturelle », explique-t-il.

Emmanuel est responsable de l’entreprise Élevage Famille B2. Il a un employé à temps plein et une dizaine de contractuels qui l’épaulent. Aux jeunes, il conseille « la persévérance et l’amour de ce que l’on fait ». Pour lui, on n’a pas besoin de beaucoup pour entreprendre. Il faut oser se lancer avec le peu qu’on a. Mais avant tout, il préconise la passion dans le domaine dans lequel l’on désire entreprendre.

Yidalawala Isaac Ki-Zerbo (Stagiaire)

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