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Burkina : « On ne peut avoir de justice et de paix durables sans réconciliation », exhorte Yves Bambara, Burkinabè vivant aux Etats-Unis

Accueil > Diasporas • LEFASO.NET • lundi 14 juin 2021 à 23h50min
Burkina : « On ne peut avoir de justice et de paix durables sans réconciliation », exhorte Yves Bambara, Burkinabè vivant aux Etats-Unis

Burkinabè vivant aux Etats-Unis, avisé de la vie politique burkinabè et de son pays d’accueil, Yves Koominga Bambara est une figure qui, bien que discrète, fait parler de ses compétences dans des domaines pointus. De passage au Burkina, ce Gestionnaire technique d’Aviation aux Etats-Unis d’Amérique a bien voulu répondre de façon pêle-mêle à nos questions.

Lefaso.net : Au moment où nous finalisons cette interview, le Burkina Faso est endeuillé par un massacre de sa population de Solhan. Qu’est-ce que vous avez comme commentaire et analyse sur cette tragédie ?

Yves Koominga Bambara : Par le biais de votre organe de presse, j’aimerais présenter mes condoléances les plus émues aux familles des victimes de ces attaques terroristes dans notre pays, depuis ces dernières années jusqu’à la tragédie barbare et inhumaine de Solhan. Je souhaite un prompt rétablissement à tous les blessés. Aucune raison ne peut justifier une telle tuerie.

C’est triste et humiliant de voir encore, une fois de plus, des médias parler de notre patrie de cette façon. Le phénomène terroriste est mondial certes, mais chaque peuple vit son histoire et sa réalité. Le continent africain a assez souffert de deuils depuis son existence ; donc quiconque est le support de ce phénomène doit être rapidement démasqué et nous dire les raisons à nous imposer un tel drame continuellement.

Selon vous, quelle solution faut-il pour contrer le phénomène terroriste au Burkina ?

Le gouvernement doit revoir la gestion actuelle de notre patrie en générale et de l’insécurité en particulier. Notre Armée a été toujours considérée et respectée en Afrique et même au-delà du continent. En illustration, nous gardons toujours les souvenirs de la participation de nos anciens combattants dans les deux guerres mondiales, les guerres d’Indochine, d’Algérie, les malheureux conflits entre notre pays et certains de nos voisins, etc.

Jamais nos forces de défense et de sécurité n’ont été ébranlées et défiées de cette façon. Il va falloir alors nous réorganiser afin de retrouver nos capacités et notre courage pour défendre notre chère patrie. Il faut créer des états généraux objectifs, pragmatiques, non budgétaires urgents pour élaborer toutes les stratégies allant dans ce sens.

Exemples : si l’ennemi utilise des méthodes asymétriques, nous devrions lui donner une réponse identique ; comme nous sommes attaqués les nuits la plupart du temps, alors nos forces de défense et de sécurité doivent être entraînées pour y répondre. Il faut installer une coordination, installer un climat nouveau de complicité entre tous les Burkinabè. J’invite le président Roch Marc Christian Kaboré à revoir toutes les structurations de la gestion du pays, en plaçant d’urgence les hommes qu’il faut à la place qu’il faut.

Notre pays regorge une potentialité humaine énorme à tous les niveaux et on nous a imposé une autre réalité depuis quelques années. Comme ces drames ne laissent aucun Burkinabè indifférent, alors nous devons compter sur notre propre force avant de solliciter un quelconque appui extérieur.
Le G5 Sahel et toutes les forces d’appui doivent revoir leur méthode de gérer cette crise.

Que retenir globalement du parcours, surtout politique, d’Yves Koominga Bambara ?

Très humblement, j’aimerais dire que j’étais déjà intéressé à la vie publique dès le jeune âge au Burkina Faso. Quand je suis arrivé aux Etats-Unis, je me suis lancé dans la vie politique en intégrant le comité de campagne du candidat Barack Obama à l’époque, en tant que membre volontaire comme organisateur communautaire. Je l’ai fait en 2008, puis en 2012.

Quand Obama a été élu une deuxième fois, je me suis plus focalisé sur la vie politique du Burkina ; parce que le débat sur l’article 37 faisait surface. Nous avions même en son temps, au regard de la situation, initié un grand programme de marches et manifestations par rapport à la situation avec certains compatriotes.

J’avais initié une marche solitaire à travers les Etats-Unis et qui devrait s’étendre dans certains pays de l’Union européenne. L’objectif était d’attirer l’attention des Etats-Unis, des institutions européennes et internationales sur d’éventuels troubles qui guettaient le Burkina Faso avec le projet de modification de cet article de la loi fondamentale de notre pays.

Déjà, des exemples de crises existaient avec le Soudan et dans des pays de la sous-région. Sans présumer que les différentes actions ont payé, on a pu constater que les Etats-Unis ont nommé un ambassadeur d’origine africaine au Burkina, qui a pris fait et cause pour l’apaisement au Burkina. Les différentes actions des partis de l’opposition, de la société civile et de personnes-ressources avaient engendré finalement l’insurrection populaire, et Dieu merci, le président Blaise Compaoré à accepter de partir.

Après la fin du mandat du président Obama, avez-vous poursuivi dans la vie politique américaine ?

Il faut dire qu’après Obama, le président Donald Trump a menacé notre existence même aux Etats-Unis. Je me suis dit si tel est le cas, et puisque nous jouons pour notre survie, nous ne pouvons pas œuvrer pour qu’il ait un second mandat. Donc, j’étais obligé de m’engager à battre campagne contre Donald Trump, parce que sa réélection n’allait pas nous arranger, surtout en tant qu’Africain noir et immigrant.

Donc, je me suis investi pleinement dans le comité national d’élection du candidat Joe Biden comme volontaire. Cela a même fait que je n’ai pas eu de temps de participer aux campagnes politiques burkinabè de novembre 2020 passé, parce qu’il fallait d’abord résoudre cette préoccupation aux Etats-Unis.

Avant les Etats-Unis, militiez-vous dans un parti politique au Burkina ?

Au moment de la Révolution du Conseil national de la Révolution (CNR) d’août 1983, j’étais très actif. J’ai été un militant et élément formé CDR (Comités de défense de la Révolution) des secteurs, puis des établissements secondaires. Après la mort de Sankara Thomas, j’ai décidé de militer pour la justice et les droits élémentaires d’éducation au Lycée Newton de Ouagadougou, puis au Lycée Saint-Joseph, et finalement à l’Université de Ouagadougou.

Le président de l’Assemblée nationale actuel, monsieur Bala Alassane Sakandé, était un de nos promotionnaires. On a milité un peu ensemble dans l’ANEB (Association nationale des Étudiants du Burkina) durant l’année académique 91/92 pour revendiquer la bourse universitaire à tous les bacheliers. Puis, Bala Alassane Sakandé a créé le RENBO (Rassemblement des Étudiants Non-Boursiers de Ouagadougou) qui avait existé quelques temps avant de disparaître. L’année qui a suivi, j’ai quitté le campus pour entrer dans la vie active, parce que le papa était admis à la retraite et il n’y avait pas un autre soutien financier pour la famille.

A partir de 1992, j’ai milité au CNPP/PSD (Convention Nationale des Patriotes Progressistes/ Parti Socio-Démocrate) de monsieur Pierre Tapsoba, puis avec monsieur Alain Bédouma Yoda au RSI (Rassemblement des Socio-Démocrates Indépendants), qui a fusionné avec d’autres partis tels que l’ODP/MT (Organisation pour la Démocratie populaire/Mouvement du Travail) et créer le CDP (Congrès pour la démocratie et le Progrès) en février 1996.

Entre temps, j’étais reparti à l’Université où j’avais décidé de reprendre les cours afin de me faire plus d’opportunités intellectuelles. C’est au même moment qu’est survenu l’assassinat de Norbert Zongo. Nous étions en examen ce lundi matin du 14 décembre 1998, lorsque subitement un membre du bureau de l’ANEB est entré nous annoncer que « la voix des sans voix a été tuée ».

J’étais dans un comité spécialisé du parti (CDP) dénommé Commission Spécialisée Agriculture, Élevage et Eau, où j’étais le rapporteur. On se retrouvait régulièrement pour mener des réflexions autour des questions qui touchaient la Commission, le parti ou la nation. Dès que le drame est survenu, nous avons tout de suite posé le débat sur ce drame, pour voir comment faire apaiser la situation.

Pendant qu’à l’Université et dans plusieurs structures sociales du Burkina, les manifestations se poursuivaient avec un rythme inquiétant, au niveau de la commission, le président Ado Paul Zabré et moi avions proposé au parti après concertation des autres membres, l’organisation d’un pardon à l’échelle nationale.

Pour nous, il le fallait surtout que dès mars 1999, les premiers contingents militaires burkinabè qui étaient partis participer dans les missions extérieures commençaient à hausser le ton pour réclamer leurs primes qui tardaient à venir. Le président Blaise Compaoré s’était replié à Ziniaré et les autres leaders comme le président du Faso actuel, Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré, Bognéssan Arsène Yé, Mélegué Maurice Traoré, feu Salifou Diallo, etc. recherchaient chacun inlassablement une issue à la crise liée à cet assassinat, décrit au départ comme un accident. Donc, nous avions insisté sur la nécessité d’organiser une journée de pardon.

Votre engagement politique se poursuit-il !

Aux Etats-Unis, mon engagement après le président Barack Obama, était, en quelque sorte, conjoncturel et circonstanciel. Nous étions obligés de nous investir dans la vie politique américaine comme nos autres frères de la classe minoritaire qui exprimaient moins d’intéressement à la gestion de la chose publique. L’élection du président Joe Biden et de la vice-présidente Kamala Harris (la première femme et noire élue à ce poste), est en quelque sorte une mission accomplie et un ouf de soulagement pour nous Africains noirs et immigrants.

Je n’ai pas abandonné la politique de mon pays d’origine, le Burkina Faso, car c’est une mère-patrie dont l’évolution me concerne, comme tout Burkinabè. J’ai maintenant la possibilité de jouer des rôles importants, administratifs ou politiques, au Faso comme chez l’oncle Sam où j’ai obtenu officiellement la carte d’adhésion politique en tant que membre du parti Démocrate.

Pensez-vous être candidat à des élections locales aux Etats-Unis ?

J’y pense. J’avais même soutenu un ami américain et ivoirien d’origine, comme candidat membre du Congrès de l’État de New Jersey (member of NJ State Congress) en 2014. Si Dieu me donne l’occasion, je n’hésiterai pas. Mais au cas où le Burkina me fait appel, j’y reviendrai en priorité ; parce que les Etats-Unis ont déjà atteint le sommet de développement dont je rêve pour le Burkina et les pays africains.

Vous qui avez l’expérience de la politique des deux pays (Etats-Unis/Burkina), quels enseignements en tirez-vous ?

Je trouve que nous avons un long chemin encore à parcourir. Au Burkina, comme plusieurs pays africains, avant chaque élection, les hommes politiques sont plus sincères, mais après les scrutins, ils adoptent une certaine distance avec les populations. Aux Etats-Unis, c’est le contraire. Quand vous êtes engagés, on vous sollicite plus après les élections.

Pour les décisions qui touchent la vie nationale, on vous consulte, et il y a des canaux pour ça. Personnellement, je suis contacté régulièrement surtout que je suis un membre actif du parti Démocrate. On est d’abord consulté en tant que comité actif. Ensuite, on nous envoit des mails sous forme de sondage ou on organise des réunions de reflexion hebdomadaires afin de débattre des sujets courants.

Par exemple, si c’était aux Etats-Unis, avant que le président Bala Alassane Sakandé débatte de projets de lois à l’Assemblée nationale avec ses collègues, il va d’abord consulter les structures sociales ou politiques jusqu’à l’homme de la rue. Ce qui diffère du Burkina où on ne consulte pas assez toutes les couches sociales. Cela est déplorable. Ce n’est pas parce qu’on approuve quelqu’un qu’on ne doit pas le critiquer….

…les hommes politiques et dirigeants burkinabè semblent allergiques aux critiques !

C’est une erreur de vision. Car, c’est en critiquant qu’on construit. Moi, par exemple, je ne peux pas causer avec tout le monde. La seule façon de le faire, c’est à travers les organes de presse. C’est par mon regard critique que je peux apporter ma pierre à l’édification du pays. Mais, si parce que je dis des choses qui ne plaisent pas à certains esprits, on va balayer tout ce que je propose, c’est déplorable et cela ne participe pas à la construction d’une nation. On va rester dans de perpétuels recommencements.

Vous seriez parmi les membres fondateurs du MPP. N’avez-vous pas un pincement de cœur de n’être pas au cœur de l’action ?

Oui et non, parce que j’aurais souhaité être plus utile au pays et à l’idéal qui nous avait guidés à créer ce parti. Les gens disent oui, c’est une histoire de parti, ce n’est pas une question de postes. Effectivement, on ne milite pas dans un parti pour une question de postes, on milite pour un idéal, une vision et faire valoriser son parti, son pays. Mais, quand vous vous battez pour un idéal, il faut pouvoir incarner un objectif prospère sur le terrain. Si Thomas Sankara n’avait pas participé à un gouvernement, qui allait découvrir en lui ce sens de grand leadership dont en parlent fièrement des millions de jeunes qui ne l’ont même vécu ?

Je veux dire qu’il faut qu’on arrive à mettre toutes les ressources au profit du pays. Si j’ai des compétences et qu’on ne me donne pas la possibilité de le prouver, comment pourrais-je démontrer cela ? Je ne parle pas de moi, mais je veux dire qu’il y a des gens qui ne sont pas seulement dans l’activisme et le discours. Le Burkina Faso regorge aujourd’hui des potentialités socio-économiques humaines à tous les niveaux. C’est facile de sortir crier qu’on est un héritier de Thomas Sankara, mais au fond, tout le monde répond-il réellement aux idéaux sankaristes ?

Vous rejoignez ceux qui disent que les compétences au Burkina ne sont pas suffisamment exploitées, quand bien même il est question depuis des décennies de valorisation de capital humain !

Elles ne sont pas suffisamment exploitées. Le Burkina a aujourd’hui plus de deux millions d’intellectuels. Maintenant, la sélection semble être très difficile et en même temps facile pour les décideurs. Il faut seulement y joindre la volonté.

Mais il y a des pays qui arrivent à mettre en place facilement le système de sélection (des pays à côté du Burkina) !

Oui ! Il faut souligner très sincèrement que la classe politique actuelle est épuisée. Aussi, l’ancien système sous le président Compaoré qui a duré pendant 27 ans pèse toujours sur les mentalités et les manières de faire. Sinon, quand le président Kaboré a été élu, sa première sortie à New-York, il avait dit qu’il allait miser sur la valorisation de la méritocratie.

Tout le monde attendait l’effectivité de ce discours. J’ai foi qu’il va essayer de donner très rapidement une nouvelle orientation surtout avec le contexte des derniers évènements qui viennent ébranler notre tissu existentiel. J’ai beaucoup échangé avec lui, et j’espère qu’il va faire changer les choses.

Depuis l’insurrection populaire, le Burkina est à sa deuxième élection. Quelle a été votre implication, surtout aux côtés de votre parti, le MPP ?

J’avais battu campagne pour le président Roch Kaboré et ce parti pendant les élections de 2015. Mais en 2020, je n’étais pas sur le terrain politique burkinabè, car notre première préoccupation était les Etats-Unis comme je l’ai signifié plus haut ; notre souci étant le sort que Donald Trump allait réserver à l’existence des Etats-Unis s’il était réélu. Aussi, j’étais plus ou moins sûr que Roch Kaboré allait passer, même si je suis resté toujours perplexe pour la gestion du pays.

Quand vous avez ensuite appris que les partis, notamment le MPP, l’UPC et le CDP, ont misé sur l’argent dans ces campagnes, quel sentiment avez-vous eu, vous qui avez l’expérience des deux milieux ?

C’est regrettable que la conquête des voix se fasse avec de l’argent. Sankara ne donnait rien aux Burkinabè, mais il avait réussi à conquérir leur cœur gratuitement. Le peuple burkinabè aime les gens qui sont sincères, réalistes. Mieux vaut convaincre quelqu’un avec la franchise que de lui donner de l’argent pour qu’il te suive. La valeur de l’argent ne dure pas. Mais la valeur d’une conviction reste éternelle. Sankara est toujours aimé et les gens vont l’aimer à jamais. Pourtant, il n’a pas distribué de l’argent ! L’argent n’est pas un moyen pour convaincre un peuple, ni avoir son adhésion à un idéal ou une vision.

Quand on vit avec la masse et on démontre qu’on est prêt à mourir avec la masse, le peuple ne va pas te demander de l’argent pour te suivre. Avez-vous appris l’histoire de feu président Jerry John Rawlings au Ghana ? Quand ils avaient fait le premier coup d’Etat manqué, il y avait une situation d’instabilité incessante au Ghana due à la mal-gouvernance qui engendrait la paupérisation à l’échelle nationale.

Maintenant, quand le jeune Lieutenant d’Aviation Rawlings (Jerry) et ses jeunes camarades officiers ont fait le coup d’État manqué le 15 mai 1979 et qu’ils ont été arrêtés et conduits devant le tribunal militaire d’exception, il a lancé un appel à tous les Ghanéens et au tribunal en demandant de libérer ses hommes et de s’en prendre à lui seul.

Pour se justifier, il a dit à peu près ceci : « Je suis ici aujourd’hui devant l’histoire de ce pays. A tous ces officiers, politiciens, hommes d’affaires et aux criminels étrangers qui se servent du sang et de la sueur des Ghanéens comme moyen de s’enrichir, pendant que la majorité du peuple lutte pour survivre. Oui !! Je sais ce qu’on ressent en allant au lit avec des maux de tête parce qu’on a un ventre creux. Je ne suis pas un expert en économie, ni un expert en droit. Mais je suis un expert qui travaille avec un ventre vide ne sachant quand, comment et d’où le prochain repas viendra… ».

Quand le peuple ghanéen a entendu ces propos, il a porté le président Rawlings en triomphe et c’est cela qui lui avait permis d’être porté à la tête du Ghana pendant 20 ans. C’est parce que Rawlings parlait et le peuple se retrouvait dans ses discours. Il ne s’agit pas de question d’argent. L’argent est un risque nuisible pour la gouvernance.

Vous êtes arrivés aux USA, où vous avez poursuivi les études dans des secteurs spécifiques. Quelles sont les ambitions ?

Très modestement, j’ai toujours rêvé de faire partie des Burkinabè excellents dans leur pays d’accueil. Je pense que nous sommes dehors pour rechercher une vie meilleure et représenter notre pays d’origine. Donc, j’ai toujours souhaité que partout où un Burkinabè passe, qu’on puisse dire aussi qu’il y a une matière grise au Burkina Faso et que nous avons aussi quelque chose à exporter et à partager ailleurs.

Lors du Forum de la diaspora, l’idée des opportunités à créer au plan national pour les Burkinabè de l’extérieur s’est posée. Les lignes ont-elles bougé à ce niveau ?

En tout cas, j’ai eu à échanger plusieurs fois avec le président Roch Marc Christian Kaboré, plusieurs leaders et hommes politiques sur la question et plusieurs sujets concernant l’évolution de notre pays…

…oui, ça c’est de façon informelle. Mais dans le cadre des engagements pris lors du forum, y a-t-il une évolution, des possibilités ?

Non, ce n’est pas suffisant. En général, ce sont ceux qui sont partout qu’on écoute plus que ceux qui sont concrets. Vous savez, nous Burkinabè, sommes souvent réservés. Or, il se trouve qu’il y a des compatriotes qui ne se préoccupent pas de certaines valeurs, qui ne sont pas complexés à poser certains actes, mêmes rétrogrades et d’aller raconter des choses sur les autres dans un but dont eux seuls en sont témoins.

Moi, franchement, le temps, la vertu et la morale ne me le permettent pas. Chacun a un destin déjà tracé. Chaque Burkinabè devrait chercher à démontrer son talent plutôt que d’utiliser des moyens qui ne lui rendent pas service, ni à la tâche à lui confier. Nous devrons nous garder de bafouer les valeurs que nous ont léguées les parents et nos grands-parents.

N’appartient-il pas aussi aux représentations diplomatiques de faire ce travail de constitution de répertoires des cerveaux et compétences ?

Elles le font certainement mais ce n’est pas suffisant. Il faut en faire plus et changer au besoin de méthodes. Aujourd’hui, il y a trop de possibilités pour vérifier et dénicher les cerveaux. Toute personne qui a un parcours officiel et/ou intellectuel, technique est repérable. Sur ce plan, il y a effectivement du chemin à faire. Dans chaque pays, on peut retrouver la liste des intellectuels burkinabè, et des compétences spécialisées. C’est trop facile à faire aujourd’hui avec l’appui des technologies de l’information.

Avec tout ce que vous avez acquis, quelles sont vos ambitions et rêves pour le Burkina ?

Je rêve d’un pays de rêve. Je rêve de voir un Burkina uni, prospère, où règne la sécurité. Un pays où les compétences sont valorisées et où la justice sociale et économique sont une réalité pour tous. A ce sujet, nous comptons sur les médias pour la sensibilisation, la formation et l’éducation des masses burkinabè. Aujourd’hui, les gens n’exploitent pas les médias convenablement.

Pire, quand vous prenez les réseaux sociaux, on les utilise à des fins négatives et nuisibles. Or, tous ces canaux sont des possibilités d’évolution qui nous sont offertes. Mais hélas ! Lorsque vous prenez notre pays, même la connexion est à peine acceptable. Depuis que je suis arrivé, j’ai manqué au moins six rencontres en ligne dû à des sérieux problèmes de connexion. Pour un pays qui a de la vision futuriste, l’effectivité de la nouvelle technologie est importante.

Vous avez également des compétences en matières électorales, êtes-vous prêt à les partager avec la CENI (Commission électorale nationale indépendante) ?

Avec l’expérience que nous avons vécue, et grâce aux TIC, aujourd’hui, on n’a pas besoin de grosses sommes pour organiser des élections transparentes et crédibles. Rien qu’avec l’inscription et les numéros des cartes d’électeurs, vous pouvez mener une campagne électorale très efficace et sans beaucoup d’argent.

La CENI peut organiser des scrutins fiables, de sorte que le président qui va y sortir soit celui que le peuple aurait vraiment choisi. J’ai été sollicité pour l’organisation d’élections de certains pays africains comme la Guinée, la Côte d’Ivoire, etc. Si je vois toujours l’importance de continuer à apporter mon soutien à d’autres pays je n’y hésiterai pas, car on apprend pour pouvoir servir.

Le Burkina est lancé dans un processus de réconciliation nationale. Etes-vous de ceux qui croient que le pays n’a pas besoin de réconciliation et qu’il faut simplement la justice, ou de ceux qui pensent qu’effectivement, il faut la réconciliation ?

Je crois que le Burkina n’a pas besoin que de justice, il faut la réconciliation. Depuis les années 80, le pays a eu un parcours tumultueux, il y a beaucoup de rancœurs. Il y a eu énormément de pertes en vies humaines et beaucoup de dossiers sont toujours en instance. Ce n’est pas pour remuer le couteau dans la plaie, mais il y a nécessité que les Burkinabè jettent un coup d’œil pour voir où nous avons quitté, où sommes-nous et où voulons-nous aller !

Si on oublie le passé, il peut avoir un rebondissement dans le futur. Mais, si on se cantonne aussi trop sur le passé, en voulant tout exhumer, cela peut avoir des répercussions en même temps sur le présent et l’avenir. Donc, il faut un regard conciliateur. On ne peut pas avoir de justice et de paix durables sans réconciliation. On ne peut pas non plus faire la réconciliation sans la justice. Donc, il faut savoir concilier vérité et justice, en fonction de nos réalités.

Qu’on s’asseye sous l’arbre à palabre et qu’on se parle afin de voir où nous allons partir. Pas de sélection dans les faits, qu’on mette tout le monde dans le panier, qu’on ne laisse personne de côté et qu’il y ait de l’harmonie dans le navire. Le Burkina a toujours été un exemple, même avant les indépendances. Ce n’est pas pour rien on nous a appelés « Hommes intègres ». Les gens pensent que cette appellation est venue avec Thomas Sankara.

Non, « Homme intègre » est venu du fait que, lorsque les colons venaient distribuer des corvées (construction de routes par exemple), les Burkinabè se réunissaient pour les finir très vite : ce qu’on appelle en mooré, le sossoaga ou le travail communautaire. C’était dans une ambiance conviviale et les femmes tapaient les mains à côté pour accompagner les hommes dans leurs efforts. Donc, les colons remarquaient cela, et lorsque les Burkinabè finissaient vite ils demandaient s’il y avait d’autres tâches.

Cela a étonné les colonisateurs et c’est pour cela qu’ils les envoyaient au Ghana, en Côte d’Ivoire pour participer à des travaux de construction comme le canal de Vridi, des mines ou les champs de café-cacao. Par la suite, le président Houphouët-Boigny a poursuivi cette politique d’utilisation de main d’œuvre venant du Burkina Faso pour bâtir son pays, la Côte D’Ivoire. Je pense que c’est cela même qui a contribué à des réalisations sous la Révolution avec les travaux d’intérêt commun.

Je ne veux pas m’y étaler, parce que c’est l’objet d’un ouvrage que j’ai écrit, qui est toujours sous impression. Mais aujourd’hui, est-ce que nous pouvons dire que nous sommes toujours sur le chemin de l’intégrité ? J’espère qu’on y redeviendra ou demeurera ! Que Dieu bénisse le Burkina Faso, les Etats-Unis, l’Afrique ! Que Dieu installe la justice et la paix dans le monde !

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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