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Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

Accueil > Actualités > Portraits • • lundi 31 octobre 2005 à 07h58min

Marie-Ange Somda

Universitaire et auteur burkinabè vivant aux Etats-Unis, Marie- Ange Somda a publié plus d’une dizaine d’œuvres. Le Nombril de la terre, son premier roman est consacré à l’Afrique et à ses croyances, en la puissance des rites purificateurs de la communauté villageoise.

Il y décrit le vieux sage Yir, les mystérieux déboires de Soryulé l’enfant-tabou au sein de son pays en guerre, l’étonnant messager lui révélant son rôle. Maniant avec dextérité la langue de Molière, cet homme de Lettres a une plume mordante qui puise son inspiration dans le vécu quotidien.

Alliant écriture poétique et romanesque, Marie- Ange Somdah est guidé par cette irrésistible passion de participer à la « civilisation de l’universel ». Comme le disait si bien Victor Hugo, « Un poète est un monde enfermé dans un homme »...

Marie-Ange Somdah touche à tout. Nouvelles, poésies, chansons...Après ses études universitaires à Ouagadougou il va décrocher un Ph.D. en Littératures africaines comparées à l’Université de Franche-Comté (France). Il dispense également des cours en Développement International à l’Université de Boston.

Professeur, critique de film et critique littéraire, il est membre de faculté du Collège de Massachusetts dans l’Etat de Salem aux USA. Dans son premier livre, il nous transporte à Haïti et dans la communauté haïtienne américaine. L’île n’est pas nommée mais désignée comme « petit territoire malmené, spolié, saccagé, violé ».

Les hommes de main du pouvoir tortionnaire de Gamila fils, puis du « petit pasteur » sont les makak ; la ville de Willus, le personnage dont la trajectoire constitue la trame romanesque, s’appelle Gonave-city (la deuxième ville de Haïti est Gonaïves), les îles voisines sont Cuba, Trinidad et l’évocation de la cruauté des services secrets comme de l’opulence de la classe au pouvoir résonne début 2004 avec, malheureusement, une actualité particulière.

Le roman suit Willus au long de sa trajectoire tantôt ascendante, tantôt descendante, toujours aux extrêmes. Dans l’île, il bénéficie de l’impunité que lui procure un oncle haut placé, puis apprend le supplice de feu son père, participe à une manifestation, et doit s’enfuir devant le désir de vengeance du dictateur, boat-people affolé et seul.

La deuxième partie du récit le retrouve brillant et riche médecin aux États-Unis, volant de succès en succès professionnels et familiaux. Ses innombrables conquêtes féminines finiront par le faire tomber dans un piège qui s’abattra brutalement sur lui. Le dernier acte présente de nombreux retournements de situations, des dévoilements successifs d’identités, et une chute attendue comme la sentence d’une vie qui n’a pas su se construire sur des soubassements solides.

Plusieurs thèmes circulent dans ce récit à la fois linéaire et constamment, entrecoupé de longs retours en arrière : la situation politique, sociale et culturelle en Haïti, avec la présence discrète et inquiétante du vaudou, le pouvoir d’abrutissement de la société occidentale, qui peut donner argent, biens et pouvoir, mais pas de sens à la vie, enfin, la dénonciation des conséquences tragiques de la non-maîtrise de soi.

Ces diverses pistes ne donnent pas toujours lieu à des réflexions émises dans le texte, mais se constituent au fur et à mesure des scènes qui les illustrent comme autant de pièces apportées à la démonstration. Le roman porte ces thèses de manière si visible qu’il apparaît peu à peu comme une simple parabole moralisatrice, au détriment parfois de la complexité des situations, de la construction et du rythme.

Les personnages sont nombreux mais gravitent tous autour de Willus, parents, alliés, maîtresses ; il y a les vertueux et les condamnables, les courageux et les corrompus, les suppliciés, les repentis et les manipulateurs. Ceci donne une forte cohérence au récit mais réduit un peu l’angle d’analyse de la situation. La multiplication des rencontres féminines et des dialogues sur l’amour ou la nourriture y afférente démontre la vanité de la vie de ce brillant médecin qui perd tout repère, mais risque de lasser un lecteur qui entrevoit l’issue un peu trop longtemps avant lui.

La langue employée est un français qui se veut « non aligné », riche d’emprunts au créole, lourd de clichés avec une syntaxe atypique. Les chapitres sont introduits par de brefs poèmes qui annoncent de façon énigmatique la poursuite de l’inexorable, donnant ainsi du recul au lecteur.

Marie-Ange Somdah revendique une francophonie délivrée de la légitimation pesante d’une France qui imposerait ses canons, et met ici en pratique son aspiration à une nouvelle réflexion sur l’identité postcoloniale. Il est particulièrement intéressant dans ce cadre de constater comment un regard africain peut décrire et analyser la posture haïtienne aux États-Unis, dans la langue française.

À travers cette description d’une trajectoire unique, l’auteur réussit à introduire une réflexion sur les mécanismes du pouvoir dans le tiers-monde, la place des diasporas et les influences de l’Occident sur les mentalités.

Roman à thèse, il est un exemple assez exceptionnel d’une francophonie décentrée. Après le succès du premier ouvrage critique sur la littérature
burkinabé, Ecritures du Burkina Faso, Vol.I (paru en 2003 chez L’Harmattan), Marie-Ange Somdah
est en train de boucler le volume II.

L’aubade du poète est tout simplement phénoménale : « Sereine est l’image du large, libre envolée des gerbes de mots et d’eaux calmes soupirs contenus dans son sourire, elle rêve sans cesse dans le lointain des vagues de la mer en douces caresses sur la plage, elle rêve. Dans l’infinie immensité s’inscrit le réel, images jamais possédées tel le rire blanc des enfants de la mère »....

Arsène Flavien BATIONO (bationoflavien@yahoo.fr)
LeFaso.net


APPEL A TEXTES DE CREATION

Dans le cadre de la promotion de la littérature du Burkina Faso, nous invitons tous les écrivains Burkinabé intéressés à nous faire parvenir des textes inédits dans les genres suivants : poésie, nouvelles et théâtre.

L’originalité et la qualité littéraire seront deux importants critères de sélection. Les textes retenus seront publiés dans trois anthologies qui bénéficieront d’une large diffusion (Afrique, Europe, Amériques, Océanie etc.).

Poésie : soumettre cinq (5) poèmes (chaque poème ne dépassera pas une (1) page)

Nouvelles : soumettre deux (2) nouvelles de 5 pages maximum à double interligne

P.-S.

ERRATUM :

Une malencontreuse confusion s’est glissée dans notre article sur l’auteur Burkinabè Marie-Ange Somdah. Contrairement à ce qui a été écrit, Marie-Ange Somdah a plutôt reçu une formation en développement international à la Boston University où il est membre du GRAF( Groupe de Recherche d’Afrique Francophone). Il enseigne actuellement dans une université californienne.

L’homme est en outre membre de faculté de Salem State College dans l’Etat du Massachusetts.L’article a été inspiré d’un écrit de la révue APELA.
Toutes nos excuses aux internautes et à l’intéressé.

Vos commentaires

  • Le 31 octobre 2005 à 17:17, par Youhopté En réponse à : > Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

    Toutes mes félicitations à cet homme de lettres, fils du pays des hommes intègres, qui nous fait honneur au pays de l’Homme Sam.

    Voilà un Burkinabè qui décroche un grand diplôme ès lettres en France, qui enseigne aux Etats-Unis et qui écrit un roman inspiré de la réalité de Haïti. Il n’y a rien à dire, c’est un grand homme, un homme universel.

    Les Africains, découragés face aux problèmes difficilement solubles de leur continent, préfèrent penser à ceux du monde. Mais attention, si nous nous décourageons tous ainsi, il ne restera plus qu’à privatiser l’Afrique et à aller cogiter sur la vie des autres.
    J’aimerais avoir son e-mail envoyé à:youhopt@yahoo.fr

    Répondre à ce message

    • Le 8 février 2006 à 21:53, par Marie-Ange Somdah En réponse à : > Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

      Merci bien pour votre appréciation. Cela me va droit au coeur.

      Pour ce qui est d’aller cogiter sur la vie des autres. Désolé, cher concitoyen, il y a quelque chose que vous ne comprenez pas. un artiste ou un écrivain ne vit pas dans un vase clos. Son imagination voyage. Son imagination est tout simplement le monde !!! Alors, je peux parler de tout dans mes oeuvres : le Faso, les Amériques, les Caraïbes etc. Voilà, et cela n’a rien à voir avec un désintérêt pour le Faso ou l’Afrique. Je vous invite tout simplement à lire mes oeuvres et vous vous ferez une certaine idée. a bientôt et merci.

      Marie-Ange Somdah

      Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2005 à 22:18, par La fille du Zévallos de Besac En réponse à : > Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

    Comment rentrer en contact avec M-A Somdah ?

    Répondre à ce message

  • Le 31 décembre 2005 à 09:09 En réponse à : > Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

    A quelle adresse devons-nous expédiez nos oeuvres de création ?

    Répondre à ce message

  • Le 31 décembre 2005 à 11:57, par Lefaso.net En réponse à : > Marie-Ange Somdah, une plume incisive !

    Le contact de Marie-Ange Somda :

    Prof. Marie-Ange Somdah
    Humboldt State University
    Department of World Languages & Cultures
    1 Harpst Street
    Arcata, CA 95521
    USA
    E-Mail : ms155@humboldt.edu

    Répondre à ce message

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