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Coup d’État en Birmanie : Le gouvernement des insurgés manque de solidarité

Accueil > Actualités > International • LEFASO.NET • lundi 8 février 2021 à 16h30min
Coup d’État en Birmanie : Le gouvernement des insurgés manque de solidarité

Le 1er février 2021, les militaires birmans, par un coup d’État militaire, mettaient fin au régime démocratique en place en Birmanie. Ce régime pourtant, du fait de la puissance de l’armée, leur avait fait d’importantes concessions gravées dans la Constitution, en leur accordant par exemple 25% des sièges au parlement, la haute main sur les ministères de la Défense, de l’Intérieur et de l’Immigration…

Malgré tout cela, le général Min Aung Hlaing, qui devait prendre sa retraite, a fait arrêter les dirigeants démocratiquement élus sous le prétexte que les élections qui ont consacré la victoire de la Ligue pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, ont été entachées de fraudes. Tout cela parce que le parti qui avait les faveurs de l’armée a perdu les élections.

Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, est une dirigeante historique qui a lutté pendant longtemps pour l’avènement de la démocratie dans ce pays qui a été, comme le nôtre, dirigé pendant longtemps par les militaires.

La Birmanie ou Myanmar, qui a comme voisin la Chine, le Laos, la Thaïlande, est très loin du Burkina Faso. Ils ne sont donc pas nombreux les Burkinabè à pouvoir la situer sur une carte. Mais là n’est pas la question parce que ce coup d’État heurte nos consciences et nous n’aimerions pas qu’il se produise ni chez nous, ni ailleurs dans le monde. Ce pays, la Birmanie est si loin, mais si proche de nous par les misères communes.

Si les militaires birmans ont brutalement mis fin au processus démocratique, c’est parce que, d’après eux, les élections de novembre remportées haut la main par le parti d’Aung San Suu Kyi ont été entachées de fraudes. Tout cela ressemble à du déjà vu, et nous Burkinabè nous sommes bien payés pour savoir de quoi cela retourne : nous avons vécu une situation similaire il y a six ans, quand l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a brutalement interrompu le cheminement du pays vers des élections démocratiques.

Le peuple birman souffre les affres que nous avons connus et nous devrions lui manifester notre solidarité. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas entendu le "gouvernement des insurgés" au pouvoir dire un mot de sympathie envers ce peuple qui est notre prochain dans la douleur.

Ne pas oublier d’où l’on vient

Les dirigeants d’un pouvoir issu de l’insurrection et de la résistance populaire à un coup d’État, ont-ils oublié d’où ils viennent ? Il est vrai que ce gouvernement a été installé il y a à peine un mois. Mais faut-il attendre d’être vieux et sans dents pour avoir des principes ? Et le principe de la condamnation des changements non démocratiques est un sacro principe de la CEDEAO et de l’Union africaine. Pourquoi notre pays ne dit rien quand les militaires birmans chassent du pouvoir et mettent aux arrêts la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi ?

En 2015, nous nous sommes battus contre un coup d’État chez nous, de braves femmes et hommes sont morts et n’ont eu pour toute récompense qu’un monument. Les honorer, respecter leurs mémoires c’est défendre ce pour quoi ils ont donné leur vie : le refus des coups de force. Et leur combat pour leurs idées jusqu’au sacrifice suprême, toute sa gradeur réside dans son caractère universel. Nous devons donc être solidaires de ceux qui traversent les flammes du putschisme.

C’est grâce au sacrifice de nos martyrs que le gouvernement de la transition a été remis en selle et que les élections démocratiques de 2015 et 2020 ont eu lieu. Ne pas condamner le coup d’État en Birmanie est une trahison des martyrs tombés chez nous. Car ce putsch est aussi une agression contre notre démocratie. Pourquoi nos pays se refusent de défendre les idées auxquelles ils croient ?

Les héros morts pour l’insurrection et lors du coup d’État du RSP ont popularisé l’idée selon laquelle il ne faut pas être fort et puissant pour défendre une idée. Notre diplomatie qui, depuis cinq ans, n’a rien fait d’autre que la diplomatie du « garibou », devrait dire clairement que notre pays a des valeurs : qu’il les défend sans complexe et sans crainte des puissants.

Sana Guy
Lefaso.net

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