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« Roch Kaboré a réhabilité Thomas Sankara sur tous les plans, la réconciliation est en marche », Me Bénéwendé Sankara

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET • lundi 19 octobre 2020 à 23h30min
 « Roch Kaboré a réhabilité Thomas Sankara sur tous les plans, la réconciliation est en marche », Me Bénéwendé Sankara

Lefaso.net a tendu son micro à Me Bénéwendé Sankara afin de recueillir son avis au sujet de l’intention de Roch Kaboré de faire revenir les exilés politique dès le premier semestre 2021. Pour ceux qui pensent que la déclaration a une connotation électoraliste, l’avocat de la famille Sankara leur apporte une lecture contraire de la question. Pour lui, le président Kaboré est un homme réfléchi et de consensus. De ce fait, quand il prend une décision, elle est irrévocable. Dans la foulée, il lance : Roch Kaboré a réhabilité Thomas Sankara sur tous les plans…

Lefaso.net : Le président du Faso semble envisager dès le premier semestre de 2021, un possible retour de l’ancien président Blaise Compaoré ; qu’est-ce que cela suscite en vous ?

Bénéwendé Sankara : D’abord le président du Faso a dit qu’il ne refuse pas la main tendue. Ce qui veut dire que le Burkina Faso sous Roch Kaboré est un pays de liberté où il est effectivement garanti la liberté d’aller et venir. Le Burkina Faso a souscrit aux traités internationaux qui garantissent la liberté de circulation aussi bien des personnes que des biens.

De ce point de vue-là, tout ceux qui pensent qu’ils sont en exil, encore faudrait-il le rappeler qu’il n’y a pas d’exilé politique au Burkina Faso ; cela a été dit et réaffirmé dans le cadre du dialogue politique. Je pense que les partis politiques de l’opposition étaient là et on a acté que tous ceux qui sont des Burkinabè qui ont quitté librement le Burkina Faso et qui veulent revenir, c’est leur liberté.

Je ne comprends pas pourquoi, parlant particulièrement de Blaise Compaoré, le Chef de l’État ferait une mention particulière. A priori Blaise Compaoré est libre de revenir au Burkina Faso comme il était libre de quitter le Burkina Faso. Encore faudrait-il se demander si c’est Blaise Compaoré qui veut revenir au Burkina Faso en tant qu’Ivoirien ! Dans ce cas, il y a beaucoup d’Ivoiriens qui vivent ici ; puisqu’il a pris la nationalité ivoirienne. Vous savez, au Burkina Faso, il y a des Ivoiriens qui font les affaires et qui prospèrent ; alors là, il est libre de venir au Burkina Faso. Mais, s’il veut venir au Burkina Faso en tant que Burkinabè, alors là, il est le bienvenu.

S’il s’agit d’une question qui devrait provenir de la réconciliation nationale, comment se fait-il que le Président du Faso annonce unilatéralement cette intention ; surtout au premier semestre de son second mandat ?

Vous savez, même sous le président Blaise Compaoré, la question de la réconciliation a été toujours posée. Nous sommes tous d’accord pour dire que c’est l’avènement du front populaire avec l’assassinat du président Sankara le 15 Octobre 1987, qui pose la problématique de la réconciliation nationale, aujourd’hui. Donc, il faut remonter dans le temps. Je peux vous affirmer que dans le programme politique du président Roch Kaboré figure la question de la réconciliation nationale. Il y a un ministère chargé de la question. Il a déposé une fleur sur le monument du capitaine Sankara et ses 12 compagnons, aujourd’hui le dialogue politique s’en est saisi. Il y a une feuille de route pour la réconciliation nationale. Je crois que l’Assemblée nationale est en train d’organiser quelque chose en ce sens. C’est un pas.

La réconciliation nationale doit obéir à une feuille de route. Aucun Burkinabè ne peut être en marge de la réconciliation nationale. C’est une préoccupation essentielle. Toutes les composantes se trouvent ensemble, qu’enfin nous allons bâtir un Burkina Faso de paix.

Est-ce que le retour du président Blaise Compaoré inquiète certains citoyens ?

Je ne pense pas que le retour d’un citoyen, inquiète. Mais, à priori, je dis bien à priori, parce que je ne sais pas s’il a renoncé à sa nationalité burkinabè. S’il a renoncé, c’est une donne avec laquelle il faut compter. C’est comme si un étranger revenait au Burkina Faso où il était ! Les questions vont certainement changer de nature. Si c’est parce qu’il était un ancien chef de l’État, et qu’il a été emporté par l’insurrection populaire, d’ailleurs on ne l’a pas forcé de partir, il a fait un message et il est parti, eh bien, on en tiendra compte bien sûr dans la feuille de route de la réconciliation nationale.

Pourtant, lors d’une conférence de presse tenue par vous, dans un passé récent, les médias ont rapporté que vous aviez déclaré : Si ceux-là reviennent, nous on va rentrer où ? »

Non, non, je ne parlais pas du retour de Blaise Compaoré ; je parlais du retour du CDP au pouvoir, voilà ! Je dis : si le CDP prend le pouvoir aujourd’hui, on va rentrer où ? Ça veut simplement dire que s’il y a un retour à l’ordre ancien que nous avons combattu pendant 27 ans, c’est un recul de 27 ans ; donc, on n’a pas fait une insurrection populaire pour reculer, nous avons fait des élections pour aller de l’avant, pour l’approfondissement de la démocratie, pour le développement du pays. Nous n’allons pas permettre encore à des forces rétrogrades que nous avons combattues de revenir au pouvoir.

Et finalement, si Blaise Compaoré décidait de rentrer, comment cela se fera sur le plan juridique et politique, puisqu’il est poursuivi par la justice ?

Nous y sommes ! Il est poursuivi par la justice burkinabè, donc, c’est un préalable. Tout citoyen burkinabè, toute personne poursuivie par la justice doit y répondre. Cela n’a rien avoir avec la question de la réconciliation nationale, ou de retour de X ou Y. Les questions de justice sont les questions de justice, et Dieu merci, le Burkina Faso est un pays où la séparation des pouvoirs est réellement acquise. C’est une réalité acquise. Les juges sont indépendants. L’homme, l’individu, la personne de Blaise Compaoré qui est poursuivi (e) par la justice burkinabè, veut revenir, il est encore libre de revenir et de répondre à la justice de son pays, et même du Burkina Faso, s’il ne se réclame plus Burkinabè, parce qu’il ne peut pas échapper à la justice.

D’ailleurs, au moment où nous parlons, Blaise Compaoré est sous mandat d’arrêt international pour l’affaire Thomas Sankara. On ne peut pas déchirer cette phase de l’histoire. Aussi, le Président du Faso a dit, réconciliation d’accord, mais sous le triptyque sacro-saint : Vérité, justice et réconciliation nationale. On ne peut pas déchirer cette page-là. Blaise Compaoré ne peut pas y échapper tout comme tous les Burkinabè ne peuvent se soustraire à la justice.

Les gens ont tendance à croire que la déclaration du président du Faso n’est qu’une promesse électoraliste ?

Connaissant l’homme, Roch Kaboré, c’est un homme qui prend du temps, il réfléchit beaucoup, il écoute beaucoup et quand il prend une décision c’est irrévocable. Il a donné l’exemple en mettant la classe politique d’accord, cela démontre que notre démocratie est consensuelle. Le président Roch Kaboré est un homme de consensus. Qui aurait cru que 33 ans après, un homme qui a travaillé avec Blaise Compaoré 27 ans décide de réhabiliter Thomas Sankara sous tous les angles. Roch Kaboré a réhabilité Thomas Sankara sur tous les plans. La dernière réhabilition est sous l’angle politique. La réconciliation est en marche.

Interview réalisée par Edouard Samboé
Lefaso.net

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