Sabcé au Burkina : Des hectares de forêts sacrifiées sur l’autel du métal précieux

lundi 12 novembre 2012

Sabcé, une localité située à 90 km de la capitale burkinabè Ouagadougou, vit depuis septembre 2011 la fièvre de l’or. Depuis quelques temps, en effet, la société minière Bissa Gold a établi son quartier général dans une zone abritant une réserve communautaire. Conséquences des hectares de forêt risquent de disparaître au profit de l’exploitation aurifère.

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Sabcé au Burkina : Des hectares de forêts sacrifiées sur l’autel du métal précieux

« J’ai 53 ans, cette forêt sacrée existait avant ma naissance. C’est là-bas que nous avons des fétiches et que nous tirions une partie de notre subsistance ». Le visage triste et l’air un peu inquiet, Yaado Diallo de Sabcé, regrette déjà le fait que le poumon écologique de sa commune soit cédé à la compagnie minière « Bissa Gold » pour l’exploitation de l’or. Les vocations écologiques sont gravées dans la mémoire collective. Autrefois, confie Yaade Diallo, le lieu était le dernier sanctuaire des plantes médicinales indispensables pour la perpétuation de la pharmacopée traditionnelle. Les villageois y tiraient aussi des fruits sauvages, tels que le karité, le néré, le raisin…

De plus, il affirme que les habitants pratiquaient également la petite chasse de temps à autre dans cette forêt. Déjà des installations sortent des entrailles et des flancs des collines. Plusieurs kilomètres carrés seront désormais sous l’autorité de la société concessionnaire, Bissa Gold. Des montagnes de terre sont déjà extraites du sous-sol pour la construction des fosses, alors que la mine ne sera totalement opérationnelle qu’en décembre 2012.

Selon le chef de service de l’environnement de Sabcé, Abdoulaye Bambara, cette zone représente la principale source de bois de chauffe de la commune. « C’est ici que la population s’approvisionnait en bois sec ; maintenant, j’ai peur qu’elle ne commence à couper le peu d’arbres qui nous reste car les habitants n’ont plus d’autres sources d’énergie », s’inquiète-t-il. Selon lui ces 55 ha de forêt constituent le seul endroit dans la commune qui avait pu résister aux effets des changements climatiques et de la coupe abusive du bois.

« Cette forêt est irremplaçable »

Les responsables de la mine assurent que des mesures seront prises pour atténuer l’impact de la destruction de cette biodiversité. « Nous effectuons des reboisements pour palier ce problème. En 2011, nous avons mis en terre près de 20 000 arbres de différentes espèces. Pour la campagne de 2012, l’accent est mis sur l’octroi des plants aux riverains pour le reboisement individuel dans ou devant les habitations », rassure, le directeur général adjoint de Bissa Gold, Dr Christian Ouédraogo. Toutefois, le maire de Sabcé, Célestin Pierre Zoungrana, est clair : « Cette forêt est irremplaçable ».

Il justifie cela par le fait que les terres de la zone sont déjà dégradées et que le taux de réussite des reboisements est assez faible. Quant au conservateur coutumier de la forêt, Yangrin Naaba, il exige néanmoins une indemnisation car dit-il : « quand on a commencé les indemnisations, ils m’ont juste remboursé les lopins de terre que je cultivais et ils ont considéré que la forêt ne m’appartenait pas, alors que j’ai été désigné comme conservateur coutumier de ce bosquet. J’exige que la compagnie minière m’indemnise sinon nous au niveau des chefs coutumiers nous n’accepterons pas cette injustice ».

Au fur et à mesure que des infrastructures sortent de terre, la réserve communautaire disparaît peu à peu. En attendant, la population observe avec résignation la sûre et lente agonie de milliers d’arbres qui pendant longtemps constituaient leur « mine verte ».

Raphaël KAFANDO

Sidwaya

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Messages

  • En son temps, parlant d’indemnisation, nous avions, sur ce forum, dit qu’il n’étais pas possible de le faire pour le capital terre et encore moins pour la forêt. Le maire l’a dit, la forêt est irremplaçable ; l’entreprise prétend avoir planté 20000 arbres ; soit, mais combien sont en vie et le resteront ? Quel investissement a t-elle prévu pour aider à la survie de ceux-ci ? je le répète, les indemnisations ne pourront jamais compenser les pertes.

  • Bon Dieu, je vous prie de baisser un oeil sur notre pays.
    A vous les dirigeants actuels de ce pays, je vous prie d’ouvrir les yeux ; que voulez vous finalement nous laisser (generations futures) ?
    D’abord que vous ne vouler/pouvez pas alouer d’importants fonds pour lutter contre cette degradation dangereuse de notre environnement, vous etes entrain vous meme de lui causer tant de domage ; pitie !
    Vous nous parlez de d’indemnisation, de compassation. Pouvez vous nous citer un seul exemple de compansation reussite n’importe ou dans le monde ?
    Vous etes entrain de nous tuer en pensant que vous "injectez" des miliards dans le budget national. Je vous jure que sans ces miliards la, nous pouvons vivre. Vous n’avez seulement qu’a nous epargner de la corruption.
    M. le professeur COULDIATY, si seulement vous disiez au President et a vos collegue Ministres sur l’impact combien ces sites sont un poison pour l’avenir de ce pays ! Les socilogues et tout le monde, reflechissons a comment stopper ce phenomene. Je vous en prie. Et que Dieu nous aide !

  • Lorsque je fais une analyse rétrospective, je peux me permettre d’affirmer que tous les sites que nos ancêtres avaient classés "bois sacré" ou "lieux de fétiches" sont des sites d’or. Regardez à Kalsaka, Kalsaka mining était obligé de détroner le fétiche sacré pour continuer l’exploration et l’exploitation minière ; dans le sud-ouest, les montagnes dites sacrées regorgent de minerais. La montagne sacrée de Pilimpikou est entouré d’un gisement faisant l’objet d’une exploitation artisanale, Sabcé vient confirmer ces constats.
    La Révolution avait bien dit "puisque le peuple respecte les bois sacrés et n’y coupent pas le bois, alors qu’on déclare toutes les forêts sacrées." Si l’exploitation minière doit appauvrir le pays, alors qu’on déclare que notre sous-sol n’a rien comme cela l’a toujours été jusqu’à l’arrivée des pilleurs du peuple.

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